Catégorie : Faits divers

Avoir sucé la tour Eiffel pour la rendre pointue [avwaʁ syse la tuʁ‿ ɛfɛl pur la râdre pwêty]

Fig. A. La tour Eiffel avant de devenir pointue.

[avwaʁ syse la tuʁ‿ ɛfɛl pur la râdre pwêty] (exp. ingén. VANT.)

Toi t’as sucé la tour Eiffel pour la rendre pointue » n’a rien à voir avec « toi t’as pas sucé la tour Eiffel pour la rendre pointue ». Rien. Qu’on se le dise. La deuxième expression n’est pas la négation de la première; la langue surannée sait brouiller les pistes de la compréhension du quidam mal équipé côté verbe. Il faut des lettres pour dégoiser peinard.

Rentrer à l’heure des brousses [râtré a lër dé bʁus]

Fig. A. Fêtard rentrant à l’heure des brousses.

[râtré a lër dé bʁus] (loc. mérid. NOCT.)

Dans un pays où, selon la bonne formule attribuée au Général¹, « il existe plus de fromages que de jours de l’année », il aurait été curieux qu’aucun de ces nourrissements laitiers n’alimente aussi la langue en sus du palais.

Marcher comme les affaires de la ville [marSé kòm léz‿ afèr de la vil]

 

Fig. A. Une ville.

[marSé kòm léz‿ afèr de la vil] (lit. iron. DÉCONN.)

Quand c’est poussif, que ça hoquète du moteur ou que ça tousse dans l’action, quand ça déconne bicause magouille, quand ça s’égare dans le zig et un peu dans le zag, le langage de mamie fait dans la comparaison citadine en prétendant que ça marche comme les affaires de la ville.

Avoir déroulé du câble [avwar dérulé dy kabl]

Fig. A. Adolphe Cochery : « Tu sais mon petit Jules², j’en ai déroulé du câble »

[avwar dérulé dy kabl] (Exp. P&T)

Fruit du temps qui a passé, et modeste consolation pour le (la) concerné(e), l’expérience tend parfois à se mettre en valeur histoire de rappeler au jeunot que ce n’est pas au vieux singe qu’il apprendra à faire des grimaces.

Ne pas avoir vendu de crème aux Allemands [ne pa avwar vâdy de krèm‿ oz‿ almâ]

Fig. A. BOF

[ne pa avwar vâdy de krèm‿ oz‿ almâ] (loc. germ. CULPA.)

En ces sombres années où le barbare se pavanait au pas de l’oie dans les rues de Paris comme dans celles du plus petit village de France, égorgeant au passage nos fils et nos compagnes, se concoctait aussi une expression qui marquerait bientôt les procès collabos avant de s’égayer dans le parler quotidien.

Ne pas avoir toutes les frites dans le même sachet [ne pa avwar tut lé frit dâ le mèm saSè]

Fig. A. Marchande de frites. Puces de Vanves.

[ne pa avwar tut lé frit dâ le mèm saSè] (expr. fam. & culin. CON.)

Inventée dans les rues de Paris au XIXe siècle¹, la pomme de terre frite s’est rapidement vue propulsée tout en haut du hit-parade des spécialités culinaires les plus appréciées au monde – non sans avoir effectué un petit tour via le plat pays qui lui aura conféré un statut de plat national² en sus d’un mode de préparation des plus appréciables.

Se graisser le toboggan [se ɡrèsé le tòbòɡâ]

Fig. A. Toboggan flou tel que vu après cinq verres.

[se ɡrèsé le tòbòɡâ] (loc. sport. ALCOO.)

Seuls des natifs du pays de la glisse pouvaient imaginer une structure permettant à la fois de faire marrer les enfants des mégapoles sans arbres (et aussi de leur briser les incisives, mais ceci est une autre histoire) et de satisfaire les plus grands avec une expression à boire comme la langue française sait en produire.

Aller se faire téter les yeux par les éléphants siffleurs [alèr se fèr tété lé jö par léz‿ éléfâ siflër]

Fig. A. Abul-Abbâs, éléphant siffleur de Charlemagne.

[alèr se fèr tété lé jö par léz‿ éléfâ siflër] (loc. pachyder. VALS.)

R abrouer est un art.

Et l’on pouvait compter dans les temps surannés un certain nombre de formules pas piquées des hannetons portant aux côtés de l’architecture, de la sculpture, de la peinture, de la musique, de la littérature et du théâtre, l’art d ‘éconoduire le fâcheux comme le seul et véritable septième.