Catégorie : Pensées

Et mon cul c’est du poulet ? [é mô ky sè dy pulè ?]

Fig. A. Poulet sidéré.

[é mô ky sè dy pulè ?] (quest. réth. COT.)
Entre doute poli et sidération absolue existe une zone trouble que le français classique avait du mal à irriguer de ses interjections trop imprécises.

Un « quoi ?! », même suivi de points d’interrogation et d’exclamation, tâtonne. Un « mais c’est pas possib' » se contente de déplorer et un « tu m’en diras tant… » joue de son clair-obscur pour précisément ne pas en dire tant que ça.

Chier dans le ventilo [Sjé dâ le vâtilo]

Fig. A. Ventilateur électrique à l’arrêt.

[Sjé dâ le vâtilo] (loc. scat. HUM.)
Le caca pose son expression. C’est une règle et c’est ainsi.

En matière linguistique surannée, la scatologie est souvent une garantie de succès même si la brave morale va feindre de ne pas y toucher.

Numéroter ses abattis [nyméròté séz- abati]

Numéroter ses abattis

Fig. A. Exemple de mauvaise numérotation d’abattis.

[nyméròté séz- abati] (loc. guerr. NUM.)
Quand toutes les chances ont été données à la paix sans pour autant rencontrer de succès, quand les coups de semonce n’ont pas découragé les excités, il faut se préparer à la baston. Celle qui montre qui c’est Raoul, celle dont on sait qu’elle va éparpiller par petits bouts, façon puzzle.

Habiter aux Petites-Maisons [abité o petitmèzô]

Fig. A. Habitants des Petites-Maisons. Jérôme Bosch.

[abité o petitmèzô] (loc. verb. FOL.)
Chaque région de France possède sa propre expression pour désigner sa nef des fous, qui contient généralement le nom de la localité accueillant l’hôpital psychiatrique du coin¹.

On se prévaut, la plupart du temps, de ne pas y loger ou on conseille à un contradicteur d’aller s’y faire examiner d’urgence, le propos ne pouvant évidemment être compris que par les gens du cru².

Ne pas attacher son chien avec des saucisses [nə pa ataʃe sɔ̃ ʃjɛ̃ avɛk de sosis]

Fig. A. Au marché, chien espérant une saucisse. L’Illustration, Journal Universel, Paris, 1857.

[nə pa ataʃe sɔ̃ ʃjɛ̃ avɛk de sosis] (loc. can. CHARCUT.)

Évagre le Pontique avait tout le temps nécessaire à une réflexion poussée, le bon moine vivant dans le désert de Nitrie peu fréquenté en ce quatrième siècle après JC.

On peut donc lui accorder tout le crédit possible et prendre pour argent comptant les huit passions sources de tous les maux (qui deviendront un peu plus tard les sept péchés capitaux) que l’anachorète détermina après moult débats avec lui-même et peut-être quelques disciples.

Avoir une chambre à louer [avwaʁ yn ʃɑ̃bʁ a lwe]

Avoir une chambre à louer

Fig. A. Fêlé et ses amis imaginaires.

[avwaʁ yn ʃɑ̃bʁ a lwe] (loc. hôt. LOCA.)
L‘accueillante confrérie de l’hostellerie avait déjà bien chargé la barque de la langue surannée en inventant Au lion d’or, premier jeu de mot dit « de commerce » qui ouvrit la voie aux « Sam décoiffe » et autres « Sup’hair belle », « Ainsi soit tifs », de leurs voisins de pas de porte les merlans¹.

Tarare pon-pon [tarar pònpô]

Fig. A. Adam en tarare pon-pon baratinant la blonde Ève. Marcantonio Raimondi.

[tarar pònpô] (onomat. FANFA.)
Depuis qu’Adam s’est vu comparé au serpent par une Ève gourmande, il n’a eu de cesse d’inventer des stratagèmes compliqués pour se mettre en avant et prouver combien son appendice n’a rien à envier à celui de Nahash.

Mou comme un Sybarite [mu kòm ê sibarit]

Fig. A. Sybarite trinquant.

[mu kòm ê sibarit] (loc. adv. BACCH.)
La légende urbaine (bien différente de l’historique, sérieuse quant à elle) raconte que la dyslexie spontanée et fou-riante générée par la dénomination des citoyens de Sybaris, entraîna la chute en désuétude de l’expression mou comme un Sybarite. Triste et risible à la fois fut donc le destin de cette historique comparaison.