À la bonne franquette [a la bɔn fʁɑ̃kɛt]

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Fig. D. Frugale réception à la bonne franquette. Archives perso.

[a la bɔn fʁɑ̃kɛt] (expr. POP.)

Plongeons dans le XVIIIᵉ (siècle, pas arrondissement), époque surannée qui nous donna franquette. Un paradoxe une fois de plus ! En ce siècle ampoulé pétri de manières (quoi que sur la fin on ait eu tendance à zigouiller avant de discuter le bout de gras) on voit surgir un mot à contre-pied. La franquette qui n’est pas encore bonne s’oppose en fait à la française. La franquette, simple, et la française, obligeante, cérémonieuse, par trop polie.

Pelle-à-cul [pelaky]

Fig. A. Pelle simple.

[pelaky] (n. com. JARD.)

Tout comme les enfants chez Jacques Martin (L’École des fans, 1977-1998), les mots surannés sont fooormidables. Et tout comme les enfants, les mots surannés ne prennent pas les détours de la bienséance pour faire savoir ce qu’ils ont à dire. Telle est pelle-à-cul.

Dorothée [dɔʁɔte]

[dɔʁɔte] (n. pr. TV.)

Une fois n’est pas coutume, nous envisagerons aujourd’hui un échec, ou comment Dorothée a raté son entrée en surannéité. Voici en exclusivité le récit d’un fiasco.

Elle avait tout pour devenir surannée de son vivant mais elle surnage tout juste entre vintage et ringardise.

Tang [tâɡ]

Fig. A. « Viens, allons déguster un Tang ».

[tâɡ] (n. MARQ. CIAL.)

Moi j’ai bu du Tang. Et c’est une condition sine qua non à l’acquisition d’un certain degré de surannéité. Plus qu’une boisson Tang c’était un rite initiatique, une entrée dans l’univers de la fête (celle d’anniversaire avec les ballons, le maquillage et les déguisements, pas la soirée toge&mousse au Pacha, enfin !). Parce que le Tang ça se préparait ma bonne dame.

Pif Gadget [pif ɡadʒɛ]

Fig. A. Le vélo à ailes, bien avant Pif Gadget.

[pif ɡadʒɛ] (n. can. PRESS.)

NDLR : quiconque tenterait d’émettre la moindre objection face à la surannéité de Pif Gadget serait immédiatement cloué au pilori pour mauvais esprit et complot contre les temps surannés.

Pif Gadget c’est la presse jeunesse dans tout ce qu’elle a de splendide avant le temps des écrans et du jeu vidéo. C’est donc bel et bien suranné. Un temps de la lecture avide des aventures de multiples héros, tous porteurs d’un message que je ne découvrirais au bas mot qu’une trentaine d’années plus tard. Car plus que l’homosexualité des Village People, de Freddy Mercury ou encore George Michael, le secret inavouable des années surannées est bien celui que cachaient Rahan le rouge, Dicentim le trotskiste, Placide et Muzo les deux Mao, Totoche l’anarchiste. Oui, tous attendaient le Grand Soir…

Bas-bleu [bablø]

Fig. A. Bas-bleu.

Fig. A. Bas-bleu.

[bablø] (exp. LITT.)

Bien qu’il ne s’accorde qu’au masculin (on dira toujours un bas-bleu), le mot délicieusement suranné du jour ne concerne que le genre féminin.

Bon, là je sens que je vais encore m’attirer les foudres des féministes mais après tout elles me font bien marrer ces demoiselles vengeresses¹. Oui, elles vont pouvoir s’énerver car bas-bleu a pour une raison que j’ignore, transité du bienveillant au péjoratif, désignant en tous cas une femme de lettres. Mais pourquoi Diable faut-il donc se moquer quand une femme tient la plume ailleurs que sur sa coiffe ? Sont-ce les précieuses engoncées en salon qui l’ont trainée si bas ?