
Fig. A. Rare ensemble de phylactères vierges pouvant accueillir des glop ou des pas glop. Musée de la BD, Bruxelles.

Fig. A. Rare ensemble de phylactères vierges pouvant accueillir des glop ou des pas glop. Musée de la BD, Bruxelles.

Fig. 1. « La branleuse de gendarme ». Edgar Degas.
X. Ah sacrés sacripants, j’ai vu votre moue libidineuse en lisant le titre de cette chronique et son énorme X qui annonce la couleur. Je vous ai bien eus parce qu’il ne sera pas une seconde question de descendre en dessous de la ceinture. Les excités vous pouvez sortir.
Pour commencer nous allons causer métallurgie, ça va vous calmer un peu.

Fig. A. Très rare photographie d’Aristote enseignant (collec. privée).
Puisque vous êtes désormais sensibilisés aux grands enjeux écologiques de la planète, vous savez que l’automobile est une vile pollueuse de nos villes et vous avez décidé d’utiliser le métro, le vélo ou bien la marche à pied pour vos trajets du quotidien. C’est bien.
Mais saviez vous que ce faisant vous n’alliez pas totalement quitter l’univers des transports ?

Fig. D. Don Quixote de la Mancha refusant de jeter son bonnet par dessus les moulins. Museo del Loco.
Jeter son bonnet par dessus les moulins est précisément ce que l’ingénieux hidalgo de la Mancha ne fit jamais. Ô grand jamais ce fou qui ne l’était qu’en apparence ne renonça alors qu’une société entière le poussait à renier ses raisons; et il eut bien raison. Mille fois Don Quichotte eut pu jeter son bonnet par dessus les moulins et déposer les armes, brûler toute sa bibliothèque et cesser de se croire chevalier. Mais jusqu’à sa mort (quand il aura cessé de lire) il aimera sa Dulcinée de Toboso.
Bien que le gentilhomme ait eu une large connaissance en la matière, ce n’est ni à lui ni à Cervantes que nous devons jeter son bonnet par dessus les moulins. Selon toute vraisemblance elle ne naîtra que deux siècles après l’épique chevauchée du tandem espagnol.
Si vous l’avez entendue il est possible que ce soit dans la voix grave et rassurante d’un papa conteur d’histoires du soir, couché dans votre lit bateau d’enfance, pelotonné entre la couette et l’oreiller, Doudou Lapin à portée de main. Souvenez vous de ces contes; les uns se terminaient par « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants »¹, et les autres, plus rares j’en conviens, se finissaient en « Je jetai mon bonnet par-dessus les moulins, et je ne sais ce que tout cela devint », phrase sibylline qui ouvrait la porte à d’autres histoires qui viendraient les nuits suivantes². Une version poétique du « Mais ceci est une autre histoire » en quelque sorte et surtout vierge du sceau commercial de l’épisode 2 « Il revient et il n’est pas content » que toute saga cinématographique moderne se doit de compter dans ses rangs. Mais ceci est une autre histoire.
Je vous le dévoilais dans mon introduction, jeter son bonnet par dessus les moulins possède plusieurs sens. Et plusieurs c’est au moins trois. Le troisième fait dans la bagatelle, vous vous en doutiez bien, le langage suranné finit toujours par se rouler dans les foins après deux acceptions sérieuses, on est en France tout de même³ ! Dans ce cas ci, jeter son bonnet par dessus les moulins concerne plutôt la donzelle, celle qui s’affranchit, celle qui découvre que faire sa Sophie n’est pas la plus juste conduite à tenir en ce bas monde où l’on a largement assez de quoi se mettre en peine. Les prudes nous racontent que le bonnet dont il est alors question est ce fichu qui cachait ses cheveux avant qu’elle ne laisse sa crinière blonde flotter au vent. Les coquins argumentent sur le bonnet de soutien gorge. Je ne les départagerai pas, chaque thèse aboutissant à la même conclusion.
Convaincus à présent de la surannéité de jeter son bonnet par dessus les moulins ? À moins que la troisième signification ne soit pas si lointaine et qu’elle vous fasse encore un peu siffler les oreilles…

Fig. H. Interrogatoire suspect. Musée de la Préf. de police.
À trop fréquenter les bas-fonds pour en chasser les mauvais garçons, la maréchaussée a souvent fabriqué son langage à base d’argot des faubourgs et d’expression des fortifs. Imagée comme toujours cette langue s’est perdue dans les archives du 36 pour y demeurer surannée.

Fig. A. Petite fille apprenant à faire sa Sophie. Collec. privée.
En 1971, 11 208 Sophie naissent en France. C’est l’apogée de ce vieux prénom déjà très largement porté dans les antiques contrées grecques et romaines.