Être un aplatisseur de pièces de six liards [ètr ûaplatisër de pjès de sis ljar]

Fig. A. Chercheur de petite bête scrutant des détails imparfaits.

[ètr ûaplatisër de pjès de sis ljar] (loc. moné. TATIL.)
Le 1er juillet 1654, lorsque le liard rejoint les valeurs reconnues par la France, la piécette de cuivre vaut trois deniers tournois, soit un quart de sou.

Soit encore pas grand chose mais juste ce qu’il faut pour donner un sens de tatillon au dernier degré à être un aplatisseur de pièces de six liards. On date généralement de cette deuxième moitié du dix-septième siècle l’apparition de l’expression pour les mesquins du moins que rien qui perdurera bien au-delà de 1856 lorsque le liard quittera le circuit monétaire.

Sous la férule de Louis XIV l’époque sait encore se tenir et ne prête donc pas au chagrin du plus petit détail une volonté quelconque d’empapaouter des diptères, aussi a-t-elle recours à être un aplatisseur de pièces de six liards pour afficher son excrétion du sourcilleux.

Nul, même le plus miséreux à la recherche d’une aumône, ne se donnerait la peine de laminer le métal d’un liard tant la pièce est sans valeur après sa première dévaluation à deux deniers en 1658, aussi peut-on mesurer combien est chicaneur celui qui s’attaquerait à la tâche.

Être un aplatisseur de pièces de six liards n’est pas considéré comme une qualité car le chercheur de petite bête irrite avec ses ergoteries qui s’avèrent sans raffinement tant elles ne changent rien quand elles sont modifiées, et l’on peut aller jusqu’à ancrer la locution dans le registre de l’insulte (subtile quant à elle). L’aplatisseur de pièces de six liards qui se trouve finaud est en réalité considéré comme nigaud.

Le passage au nouveau franc aura des répercussions sur l’expression des arguties : le 1er janvier 1960, les anciens francs et être un aplatisseur de pièces de six liards disparaissent en application du plan Pinay-Rueff. L’ère moderne s’ouvre sur une double incompréhension, un certain nombre de Français souhaitant alors continuer à compter en anciens francs et à réfuter en pièces de six liards.

Mais 1 nouveau franc vaut désormais 100 anciens francs; et être un enculeur de mouches vaut être un aplatisseur de pièces de six liards. C’est un peu plus vulgaire mais c’est le Progrès.

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