Limonade de linspré [limònad de lêspré]

Fig. A. Gueux faisant péter la roteuse d’une limonade de linspré.

[limònad de lêspré] (n. com. AOC)
C‘est à un moine cellérier de l’abbaye bénédictine d’Hautvillers, ce bon dom Pérignon, que l’on doit l’AOC qui donna naissance par le suite à l’expression que nous étudions par ici (et que nous boirons enfin pour nous auto-congratuler de l’avoir potassée).

Le vin effervescent de Champagne, dit champagne (!), trouva un synonyme déférent et un tantinet taquin en limonade de linspré, quand le langage suranné décida de se pencher sur son cas.

Ce linspré qui signifie le prince, souligne la noblesse du breuvage que le jus de citron, d’eau gazeuse et de sucre qui le précèdent chahutent un peu car, les ordonnateurs de la langue le savent bien, la double fermentation du moût est un procédé plus complexe que la fabrication de limonade.

La limonade de linspré fait partie de ces dénominations goguenarde que le petit peuple du Balto aime conférer pour bien marquer sa différence d’avec la Haute tout en soulignant qu’il ne cramiote pas pour autant dans la coupette. Elle est aussi parfois une périphrase aidant à ne pas passer pour un soûlographe, faire péter la roteuse d’une limonade de linspré étant une proposition suffisamment complexe pour ne pas éveiller les soupçons des pisse-froid.

Notons que limonade et champagne sont deux boissons contemporaines l’une de l’autre (la Compagnie des Limonadiers de Paris date de 1676), ce qui explique leur facilité à se rejoindre en limonade de linspré d’une part, et le succès de la formule d’autre part.

Depuis 1670 et la première prise de mousse réalisée par le moine bénédictin, ce sont des centaines de millions de bouteilles de limonade de linspré qui ont été ouvertes pour marquer à la bulle un heureux événement, une victoire au Grand Prix de Monaco, un baptême de navire ou un chagrin d’amour, permettant à l’expression de se diffuser dans des conditions favorables.

La soif grandissante des marchés étrangers pour le breuvage diminuera drastiquement l’usage de limonade linspré jusqu’à sa disparition complète. Intraduisible en anglais ou en japonais, limonade de linspré s’étiolera au fur et à mesure qu’à Tokyo, à Londres, à Moscou ou New York on boira du champagne, qu’on en aspergera des escort accortes ou qu’on en remplira des piscines (ce pour quoi une bonne vieille limonade aurait amplement fait l’affaire, mais ceci est une autre histoire).

Laisser un commentaire