Plaît-il ? [plɛ-til ?]

Fig. A. Talkin' to me ? (illust. XVIIIe).

Fig. A. Talkin’ to me ? (illust. XVIIIe).

[plɛ-til ?] (inv. suj. INTERRO.)
Loin de moi l’idée de déplorer la disparition progressive de toute forme de politesse dans les rapports qu’entretiennent mes contemporains avec ma petite personne (je veux dire que j’ai fait mon deuil de la question depuis longtemps et, qu’après tout, « va niquer ta race » peut s’envisager comme une formule de salutations dès l’instant où l’on a synchronisé nos référentiels culturels), mais je souhaite tout de même vous conter aujourd’hui les affres d’une formule des plus surannées pour marquer à la fois la surprise, l’incompréhension et l’appel à la reformulation d’une proposition : plaît-il ?

Pisser dans un violon [pise dɑ̃ ɛ̃ vjɔlɔ̃]

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Fig. A. Violoniste pisseur.

[pise dɑ̃ ɛ̃ vjɔlɔ̃] (exp. fig. MUSIQ.)

Pour utiliser l’expression surannée poétique qui titre cette définition, nul besoin de posséder quelque éducation musicale que ce soit.

Encore que vous noterez que l’instrument récipiendaire désigné n’est pas une moderne guitare électrique ni même une boîte à rythme ou un orgue Bontempi truffé d’électronique.

Ahuri de Chaillot [ayʁi də ʃajo]

Fig. O. Au loin à droite, la colline de Chaillot.

Fig. O. Au loin à droite, la colline de Chaillot.

[ayʁi də ʃajo] (subs. GÉO.)
Mon arrière grand-mère roulait les « r » et c’est peut-être la raison pour laquelle j’ai mis quelques années à comprendre ce bon mot suranné que voilà. Tel que je l’entendais je le croyais rangé dans la catégorie des invectives mais que nenni mon bon ami ! Il vous faut bien admettre qu’il est un peu complexe.

En voiture Simone [ɑ̃ vwatyʁ simɔn]

Fig. A. Lâchez les vachettes !

[ɑ̃ vwatyʁ simɔn] (exp. fém. AUTO.)

L‘expression délicieusement surannée du jour fait partie de cette catégorie dite « à deux bandes » parce qu’elle est doublement surannée. Son histoire vaut son pesant de cacahuètes, installez-vous confortablement et dégustez, c’est cadeau ça m’fait plaisir.

Prendre un drink [pʁɑ̃dʁ ɛ̃ dʁiŋk]

Prendre un drink

Fig. A – Types de drinks

[pʁɑ̃dʁ ɛ̃ dʁiŋk] (exp. SÉDUC.)
Au temps du suranné la langue de Shakespeare est encore peu maîtrisée par le commun des mortels, tout simplement parce qu’elle est peu enseignée (et aussi parce que le commun des mortels a du mal avec la perfide Albion depuis quelques siècles mais je m’égare). Elle est l’apanage des chanteurs, des hôtesses de l’air et des hommes d’affaires. C’est vous dire qu’elle est classe. En glisser un mot dans une phrase relève donc de la plus chic des attitudes, de celle qui fait le gentleman, le séducteur.

Scoubidou [skubidu]

Fig. 1. Nœuds. Musée de la marine.

[skubidu] (néol. ART.)
Dans la chanson surannée le refrain le faisait venir après les pommes et les poires, sans qu’on ait jamais bien compris pourquoi d’ailleurs, mais l’art de la phrase fredonnée a ses secrets que je ne possède pas. Dans la hiérarchie du loisir suranné il arrivait dans le top 3 avec le bateau en papier à faire voguer dans le caniveau et la partie de billes. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je vous prie d’accueillir chaleureusement le très hautement suranné…