Catégorie : Faits divers

Poulbot [pulbo]

Fig. D. Poulbots du Luco. Collec. privée.

Fig. D. Poulbots du Luco. Collec. privée.

[pulbo] (n.m. FAM. ARG.)

Oh que je l’aime ce poulbot !

Et pas uniquement parce que j’en fus un, usant mes fonds de culottes sur les rampes d’escaliers de Montmartre et posant pour les premiers touristes Japonais sur les marches du Sacré-Cœur (je vous parle du temps des Leica et du film Kodak à développer, pas de celui de la perche à selfie). Oui je l’aime ce poulbot parce qu’il réussit le tour de force de nous parler de l’enfance et d’être suranné. Un exploit, admettez-le pour une fois.

Le poulbot est un petit être malicieux et dégourdi, un coquin toujours prêt à une bonne partie de sonnettes (ben quoi, ne me dites pas que vous ne l’avez jamais fait), à un chapardage de bonbecs à la boulange’ (j’ai payé ma faute depuis), à faire voguer un bateau en papier dans les caniveaux transformés en Tanganyika impétueux ou à skipper un voilier majestueux au Luco.

On ne le croise plus guère ce joyeux drille de nos rues. Il a disparu après Félix Potin, après les Vespasiennes, enfoui sous le bitume qui a recouvert les pavés balancés sur les CRS en 68. Quoi que, des fois j’en aperçois. Il faut l’œil pour le voir : il a vieilli, il va moins vite, il est un peu dandy mais je crois qu’il fomente sa prochaine espièglerie. Il a toujours un certain succès avec les touristes Japonais.

Alain Delon [_alɛ̃_ _dəlɔ̃_]

Fig. D. Intronisation d'Alain Delon en surannéité.

Fig. D. Intronisation d’Alain Delon en surannéité par le Grand Conseil du Suranné.

[_alɛ̃_ _dəlɔ̃_] (n.m. CINÉ. MARQUE DÉPOSÉE)

Il aura fallu plus de huit heures de délibérations au Grand Conseil du Suranné pour décider si Alain Delon l’était ou non. Suranné, bien évidemment.

Rodomontades [ʁɔdɔmɔ̃tad]

Fig. G. Artaban, fier.

[ʁɔdɔmɔ̃tad] (n. com. FRIM.)

Le bombeur de torse fier comme Artaban, la chemise ouverte sur un médaillon avec ses boots blanche et vieux ceinturon, j’ai mon rhumatisme qui devient gênant, ma pauvre Cécile j’ai soixante treize ans (air connu), le fier-à-bras à l’arrogance altière, le frimeur quoi, en a désormais terminé avec ses rodomontades.

Faire le mariole [fɛʁ lə ma.ʁjol]

Fig. A. L’empereur regardant Dominique Gaye-Mariolle faire le mariole.

[fɛʁ lə ma.ʁjol] (expr. GUIGN.)

Dans la hiérarchie des renégats de l’ordre établi, le mariole occupe une place bien à lui.

Dubo, dubon, Dubonnet [_dybo_, _dybɔ̃_, _dybɔnɛ_]

Dubo, dubon, Dubonnet. Cassandre.

Fig. A. Dubo, dubon, DubonnetCassandre.

[_dybo_, _dybɔ̃_, _dybɔnɛ_] (slog. ALCOO.)

Si l’apéro n’est jamais devenu suranné et demeure une tradition vive en notre belle et joyeuse contrée c’est surtout grâce à son contenu¹ qui évolue très régulièrement sous les coups de boutoir d’un marketing acéré et civil à la fois puisqu’il n’oublie jamais de nous rappeler que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. C’est sympa. C’est commercial mais c’est sympa.

Un p’tit caoua [ɛ̃ _pti_ kawa]

p'tit caoua

Fig. N. Machine à caoua. Musée Nespresso.

[ɛ̃ _pti_ kawa] (caf. NESPR.)

Oui ami lecteur, oui toi que je chéris car en lisant ma prose tu contribues à mon équilibre émotionnel et donc à la préservation de l’amitié entre les peuples, oui toi l’internaute arrivé sur ces lignes par le hasard googléen d’un algorithme facétieux, oui toi je te le dis de but en blanc : s’il t’arrive de prendre un p’tit caoua, tu es un suranné je le crois à coup sûr.

Esquiché [_ɛskiʃe_]

Fig. F. La Provence.

[_ɛskiʃe_] (n. mas. PROV.)

Esquiché n’est suranné que pour ceux qui ont vécu leur enfance en Provence à une époque où elle était reliée à la capitale par la Nationale 7. Je sais, on fait dans le pointu mais ici la rédaction ne renonce devant rien.

Silence [silɑ̃s]

Fig. A. « … »

[silɑ̃s] (n. com. CHUT.)

Le silence n’aurait-il donc plus aucune valeur ? Son utilisation semble devenue surannée à tel point qu’il s’approche souvent de l’outrage.

Le temps présent est à l’émission, à la parole, au flux, au flot au permanent. Le silence incommode s’il se place au milieu de tout ça. Se taire plus de deux secondes est désormais signe de désintérêt ou de mépris dans la conversation, d’inaptitude sociale; prendre le temps d’un silence ne peut être celui d’une contemplation, du soleil qui se couche, de l’être aimé, d’une toile de maître, d’un petit rien.

Non ! Haro sur le silence. Comble, comble, vite ! Parle-moi, dis-moi quelque chose, que je n’aie pas à me taire en retour ! Un silence et je tombe dans le vide.

Des fois j’aime bien me taire, j’entends battre mon cœur.