
Fig. A. Gaston félicitant Jean d’avoir nagé comme un digne Boiteux.
[naʒe kɔm dʒin bwatø] (LOC. NAT. OLYMP. EXCEL.)
Dans la grande famille des expressions joueuses, il en est une se prêtant particulièrement au décontenancement tant elle porte les atours de l’aptonyme. Il serait en effet si pratique de voir dans nager comme Jean Boiteux un aveu d’impuissance, une brasse coulée bien profond, un crawl façon teckel à la mer. Il n’en est rien.
Nager comme Jean Boiteux est tout au contraire une grande qualité ! Mais celle-ci n’est entendable que pour le lecteur de L’Équipe, le spectateur de Stade 2, l’adhérent de l’ASPTT, car elle suppose de connaître le curriculum du gonze et de dépasser un instant sa claudication supposée.
C’est que Jeannot ne s’en laissait pas compter quand il s’agissait de faire des longueurs dans le grand bassin. À tel point qu’en 1952, aux Jeux Olympiques d’Helsinki, il rafle deux médailles dont un en or sur le 400 mètres nage libre¹ (record olympique en guise de cerise sur le gâteau).
Médaille d’or aux JO d’Helsinki en 1952
Dès le lendemain, nager comme Jean Boiteux devient synonyme d’excellence, de maîtrise et de performance aquatique. On est très loin du fer à repasser que pourrait laisser supposer le cahin-caha hérité d’un état civil rigolard qui faisait facilement dans le sobriquet faute de mieux². L’ancêtre qui sans doute au XVᵉ siècle louchait de la guibole, n’a pas transmis son chancelant équilibre à son arrière-arrière-arrière-petit-fils. Et c’est un bien pour la France du sport et sa langue qui tous deux rayonnent alors.
En outre, nager comme Jean Boiteux permet d’avoir le peigne dans le maillot de bain quand il s’agit de passer le pédiluve pour aller se baquer sans s’humilier.
Las, nul n’échappe à son destin, qu’il soit glorieux ou foudroyant.
Le 11 avril 2010, Jean Boiteux se prend les pieds dans le tapis et chute d’une échelle alors qu’il jardinait. Lui qui avait bravé toutes les épreuves s’en va pécher à la ligne dans le Styx pour une bête histoire de barreau manqué. Il emporte avec lui l’expression que d’autres victoires, d’autres athlètes, avaient tranquillement poussée vers la désuétude.
La postérité se contentera donc de quelques rues et piscines, d’un stade aussi, pour nous rappeler Jean Boiteux. Et de quelques Vieux Cons surannés qui se souviennent.
