Catégorie : Faits divers

Il faudrait une bonne guerre [il fodrè yn bòn ɡèr]

Fig. A. Un repas en famille et ses discussions sur les conséquences du choc pétrolier et le chômage galopant. Circa 1974.

[il fodrè yn bòn ɡèr] (impréc. ÉCO.)

Elles fleurent bon le suranné ces années soixante-dix, quand notre grand-mère concluait le repas de famille qui s’éternisait dans de pénibles considérations macro-socio-économiques sur les conséquences du choc pétrolier et le chômage galopant d’un définitif : il faudrait une bonne guerre !

Se porter comme le Pont-Neuf [se pòrté kòm le pônëf]

Fig. A. Le Pont-Neuf.

[se pòrté kòm le pônëf] (loc. médic. SANT.)

Lorsqu’ils posent la première pierre de l’ouvrage en ce 31 mai de l’an de grâce 1578, les frères Androuet du Cerceau ne se doutent pas vraiment que leur Pont-Neuf – qui ne l’est pas encore vraiment – va prendre une grande place dans la langue et qu’il constituera l’une des réponses possibles au fameux comment vas tuyau de poêle de trois cents ans plus tard.

Emprunter un pain sur la fournée [âprûté û pê syr la furné]

Fig. A. La sainte trinité française. Wolinski. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

[âprûté û pê syr la furné] (loc. boulang. NAISS.)

La formulation de certaines libertés prises avec les mœurs usuelles des années surannées appelait à l’utilisation de détours du langage et, ce faisant, à la création d’expressions dont il faut bien admettre qu’elles ne cachaient que ce que les chastes oreilles ne voulaient pas entendre.

Faire un compliment à l’ail [fèr û kôplimâ a laj]

Fig. A. Le comte Dracula recevant un compliment à l’ail. Bela Lugosi, 1931.

[fèr û kôplimâ a laj] (loc. verb. B-M.)

Dans la lointaine Asie centrale, il y a dix mille ans, surgit de terre une plante herbacée et bulbeuse dont l’usage se répandit en quelques millénaires jusqu’à atteindre le gigot pascal de chez belle-maman : l’ail.

À la coule [a la kul]

Fig. A. Joueurs de cartes à la coule agressés par un méchant cowboy.

[a la kul] (loc. CART.)

Parmi les irrémédiables dégâts que l’angliche a fait subir à la langue surannée se trouve celui de la disparition d’une expression marquant l’astuce et l’intelligence de situation, l’analyse rapide et la capacité à manier les ficelles du métier.

Du temps où Jésus était garde champêtre [dy tâ u Zézy étè ɡarde Sâpètr]

Fig. A. Jésus de Nazareth faisant un signe complice au garde champêtre.

[dy tâ u Zézy étè ɡarde Sâpètr] (loc. imposs. CATÉ.)

Bien avant les temps surannés, le temps courait déjà. C’est dire si ça date.

Si ces jours lointains ont avec Mathusalem¹ tout ce qu’il faut pour exprimer leur existence², il leur fallait aussi posséder une expression pour notifier qu’un fait peut ne s’y être jamais déroulé et n’être que le fruit d’une mémoire défaillante ou d’une pure invention.

Beurrer des tartines [bëré dé tartin]

Fig. A. « Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage vous êtes le phénix des hôtes de ce salon ».

[bëré dé tartin] (loc. verb. MAT. GRAS.)

Le beurre et le pain sous différentes formes sont fournisseurs de moult expressions du langage suranné, à tel point que leurs usages croisés peuvent induire en erreur même les plus chevronnés des parleurs.