Polaroid [pɔlaʁɔid]

Fig. A. Moderne selfie.

[pɔlaʁɔid] (marq. dép. PHOT.)
Le mot délicieusement suranné que nous allons étudier aujourd’hui flirte parfois avec le vintage dont vous savez depuis que vous avez disséqué la courbe O tempora, o mores qu’elle est une zone pré-surannée et dangereuse puisque soumise à l’influence des vils marchands du Temple. L’exercice va donc s’avérer périlleux aussi ai-je besoin de toute votre attention amis lecteurs, amies lectrices.

Le Polaroid est un procédé de photographie à développement instantané mis au point en 1948 (date surannée) par la société Polaroid Corporation. Ça c’est pour la définition froide et clinique, efficace mais sans âme et vous le savez, ici on aime rendre l’âme à celui à qui elle appartient. En surannéité, qui dit Polaroid dit avant tout format. Huit virgule huit par dix virgule sept centimètres pour être précis en incluant un cadre blanc étrange puisque irrégulier autour d’une photographie de sept virgule neuf par sept virgule neuf centimètres. D’étranges et ineptes proportions qui n’avaient rien pour plaire aux esthètes du 24×36 ou à ceux du 6×6. Mais que voulez-vous, la vie est ainsi faite et l’esprit Polaroid est là dans ce carré inclus dans un rectangle. Et ce qui avait tout l’air d’être un pitoyable défaut fera entrer au suranné ce morceau de plastique capturant de fugaces instants de vie.

Les couleurs elles aussi semblent venues d’ailleurs. Car le Polaroid se refuse à respecter leur harmonie. Pour des raisons techniques il les voilera légèrement, leur donnant ce ton qui plait tant à l’artiste. Est-ce parce qu’il les révèle en quelque trente secondes qu’il les bâcle tant soit peu ? Ne pas attendre pour voir se révéler la magie d’une photo vaut bien cette approximation. Eh oui mon jeune ami, avant Polaroid on attend pour voir une photo, et quand je dis attente je parle de journées entières de fiévreuse impatience, voire de semaines ou de mois, le temps de terminer la pellicule. Ceci doit te paraître étrange toi et tes cent quatre vingt selfies du quotidien mais la photographie instantanée est une révolution à l’époque surannée. Alors pour les couleurs on repassera.

Le Polaroid a aussi son snobisme, je vous l’ai déjà dit tout n’est pas rose au pays suranné. Dans ce cas précis il devient Pola (on prononcera Polââ pour faire comme il se doit). Servir d’outil de test à des photos de mode voulant vérifier cadrages et éclairages a de bizarres rançons. Pour le Polaroid ce sera donc Pola.

  3 comments for “Polaroid [pɔlaʁɔid]

  1. Petit louis
    23 avril 2016 at 6 06 59 04594

    Très jolie mise au point. Notamment sur la pellicule dont on attend des semaines, pour la développer. ;.)

    • Olivier Genevois
      23 avril 2016 at 8 08 45 04454

      Merci Frère de la Côte.

  2. Marie
    24 avril 2016 at 15 03 28 04284

    Ce que je n’ai jamais compris c’est pourquoi secouer le Polâ puisque ça ne servait strictement à rien ?! Qui avait décrété ça ? Qui a fait ça une fois et a été repris à l’infini ? Il y a parfois des réflexes qui sont de l’ordre de l’arcane le plus obscur, le plus secret et le plus abscons…
    Et sinon, merci pour ce beau moment (once again !)

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