Sentir le tricot [sâtir le triko]

Sentir le tricot

Fig. A. Vaisselle cassée ça sent le tricot.

[sâtir le triko] (loc. correc. FESS.)
L‘enfant des années surannées a senti le tricot.

Non parce qu’il devait porter en guise de déférence ce pull en laine qui gratte tricoté par sa mère sur une machine Singer qui allait lui permettre d’exercer sa créativité jusqu’alors cantonnée au macramé ou au Tapitouf, mais plutôt parce qu’il était un sacré garnement.

Sentir le tricot est en effet sans relation avec l’accessoire de mode susnommé mais s’entend comme annonciateur de la fessée, le tricot étant une petite trique soit l’idéal pour cingler l’arrière-train d’un indiscipliné.

Il n’est cependant pas nécessaire que le bras armé de la justice familiale – ou professorale¹ – soit détenteur d’un bâton, d’un martinet ou de toute forme contondante pour que l’expression soit utilisée.

D’une manière générale, en cas de bêtise ça sent le tricot.

Vaisselle cassée, ça sent le tricot

Car le coupable sait bien qu’il n’aurait pas dû tenter d’imiter ce numéro d’équilibre avec assiettes sur la tête vu dans La Piste aux étoiles sur Antenne 2, tout comme il devait se douter que la mise en marche du four solaire de Pif Gadget au milieu du champ du voisin aurait des conséquences (même si la probabilité qu’un gadget de Pif fonctionne au premier essai était statistiquement très faible, mais ceci est une autre histoire).

Dans un cas comme dans l’autre, sentir le tricot est l’adéquate locution.

Évidemment, ce service en Limoges qui lui venait d’une grande tante elle y tenait, maman. Et même si les pompiers volontaires du village sont arrivés à temps, le début d’incendie de la récolte de blé réclame qu’un châtiment exemplaire soit appliqué.

Autant de raisons parmi des milliers qui font que sentir le tricot est l’une des expressions les plus en vogue auprès de la population en culottes courtes qui peut aller se promener « à condition de ne pas faire de bêtises et de rentrer-à-six-heures-au-plus-tard-d’accord-à-ce-soir-m’man² ».

Arrivée à l’âge adulte et en modernité, cette même population décidera d’abandonner sentir le tricot et les châtiments l’accompagnant³ en cas d’intuition avérée sur le caractère répréhensible d’une action.

Rejetée parce qu’elle contenait trop d’inavouables épisodes (dont certains, malgré la prescription, devront demeurer éternellement secrets) sentir le tricot fait partie de ces choses désuètes comme les pulls qui grattent, la première cigarette et les principes d’une éducation à la baguette.

¹Le coup de règle sur les doigts est convenu en cas d’erreur manifeste sur le débit du Rhône ou la longueur du Rhin.
²Conditions non contractuelles soumises à l’appréciation de la partie émettrice du contrat.
³Hors cadre impliquant adultes consentants et installations à poulies, mais ceci est une autre histoire.

  1 comment for “Sentir le tricot [sâtir le triko]

  1. Roland de L.
    29 avril 2020 at 12:43

    Bonjour,

    Occitan d’origine et de cœur, j’ai la plus vive sympathie pour Paul Fabre (Les belles locutions françaises du passé, 2017), et pour son éditeur Gilbert Jaccon.

    Je trouve que « Sentir le tricot » a tout à fait sa place dans le Dictionnaire raisonné des mots surannés et expressions désuètes.
    En effet, Tricot (bâton court) est un très vieux mot, présent chez Godefroy (tricote, triquot, tricquot), présent sans interruption dans le Dictionnaire de l’Académie Française depuis 1694, dans le Littré, etc…
    Chez Godefroy toujours, on trouve Tricotée (danse involontaire sous les coups).
    Tricot nous a enfin donné aussi le charmant verbe Tricoter (rosser), et ses variantes Tricoter les côtes, (ou les épaules, ou les joues), employées dans l’argot du XIXème siècle.

    Là où je ne suis pas tout à fait d’accord avec Fabre, c’est quand il déduit, d’une phrase d’Arlequin chez Marivaux (« je songe que cette commission-là sent le tricot tout pur »), que « sentir le tricot » serait une LOCUTION.
    Je rappelle qu’une locution est un « groupe de mots constituant un syntagme figé ».
    C’est pourquoi, sans doute, on ne trouve pas cette « locution » dans Rey et Chantreau, pas plus que dans les différentes éditions du D.A.F, pas plus que nulle part ailleurs…

    Donc, tout en y apercevant une joyeuse verve méridionale, je ne peux partager l’opinion enthousiaste du Maître de céans selon laquelle « sentir le tricot est l’une des expressions les plus en vogue auprès de la population en culottes courtes ».

    J’ai eu la même inquiétude sur Paul Fabre, il y a quelques jours, à propos de « Déchirer dix mètres de satinette », locution que je n’ai trouvée absolument nulle part, et qui est peut-être soit toute récente, soit régionale.
    Mais ceci est une autre histoire…

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