Faire patatrot sur le grand trimard [fèr patatro syr le ɡrâ trimar]

Faire patatrot sur le grand trimard

Fig. A. Roulements de tambours sur le chemin périlleux. Allég.

[fèr patatro syr le ɡrâ trimar] (loc. fatal. MUR.)
La vie n’étant pas un long fleuve tranquille comme le veut l’adage populaire, il lui arrive de cahoter, de brinquebaler, d’aller de mal en pis, voire de foncer droit dans le mur.

Aller vers une mort certaine étant ontologiquement impossible à exprimer aussi directement, il a été demandé au langage de produire une expression synonyme plus charmante, avec des mots d’argot s’il le faut à condition qu’ils fassent tout de même entendre le roulement des tambours qui accompagnent celui qui monte à l’échafaud.

Faire patatrot sur le grand trimard a devancé – et de loin – toutes les propositions.

C’est un cheminement primesautier vers la fin que proposent conjointement ce patatrot (trot presque guilleret de la fuite) et son grand trimard (la grand route), avec leurs -r qui ne demandent qu’à rouler comme il se faisait communément à la fin du XIXsiècle quand faire patatrot sur le grand trimard était usitée.

Venue par la langue des mauvais garçons filant un mauvais coton et marchant dans une direction qui les condamnerait immanquablement à l’abbaye de Monte-à-regret, faire patatrot sur le grand trimard va très vite s’imposer pour décrire toute affaire particulièrement mal barrée ou à l’issue périlleuse annoncée.

On fait évidemment patatrot sur le grand trimard quand on zigouille un contradicteur qui s’était contenté d’un cinglant et ta sœur ? (la justice sanctionnant sévèrement les querelles mortelles), mais aussi quand on se met en tête de présenter ses hommages à une marquise légère mariée à un jaloux ou encore quand on se lance hardi petit à l’assaut des 8586 mètres du Kangchenjunga en tongs.

C’est toujours patatras à la fin quand on fait patatrot sur le grand trimard.

En 1992, le principe 15 de la Déclaration de Rio pose celui de la précaution.

Destiné à éviter une crise environnementale ou sanitaire, il se traduit dans divers textes jusqu’à celui de la constitution française et rend ainsi désuète toute utilisation de faire patatrot sur le grand trimard.

Protégée, la modernité peut désormais aller de l’avant sans pataquès fatal.

  1 comment for “Faire patatrot sur le grand trimard [fèr patatro syr le ɡrâ trimar]

  1. Roland de L.
    12 avril 2020 at 11:42

    Merci une fois de plus Nénesse pour ton Journal !
    N’ayant ni œufs ni jardin à ma disposition, je suis allé, en ce dimanche de Pâques, à la chasse aux origines de la richissime prose de Nonce Casanova (1911).

    1) Commençons par patatro(t)

    Terme de voyous à la fin du XIXème siècle, cité par La Rue (Dictionnaire d’argot, 1894) : « Faire patatrot = s’enfuir, courir ».
    Abondamment cité par Bruant, l’ami de Casanova, dans son Dictionnaire argot-français (1901).
    Cinq occurrences (être ébahi, s’enfuir, fuir, fuite, galop), dont celle que cite le TLFi, que je complète :
    « L’soir, Julot y a dit qu’Méloche avait fait patatro. Il en bavait, Mimile, i’saignait. »

    2) Sur le grand trimar(-d ou -t)

    Ici, nous sommes dans la haute aristocratie de l’argot, puisque le grand trimar fait partie des termes du premier glossaire d’argot jamais répertorié, celui de Rasse des Noeux (daté de 1566, en tout cas de la 2ème moitié du XVIème siècle, puisque Rasse des Noeux est mort en 1581).
    Citation exacte du glossaire :
    « Pour bier sur le grand trimar auec la flambe à d(e)ux proues… », que Rasse des Noeux traduit par « Pour aller sur le grand chemin avec l’épée à deux mains… ».
    Cette expression « sur le grand trimar(d) » est présente très souvent dans la littérature.
    Je cite par exemple Legrand (Cartouche ou les voleurs, 1721) :
    « Resterons-nous dans Paris ? Irons-nous battre l’antiphe sur le grand trimart… », que Grandval (Le vice puni ou Cartouche, 1725) mit en vers :
    « Faut-il quitter Paris pour éviter la griffe,
    Et sur le grand trimard aller battre l’antiffe ? » (1)

    (1) « Battre l’antife » a les honneurs, bien mérités, de ce merveilleux site.
    Et, comme dit l’autre, ceci est une autre histoire, dont je vais me soucier maintenant…

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