Le bottin [anɥɛːʁ]

Fig. A. Pile de bottins attendant un suspect. Musée du 36 quai des Orfèvres.

[anɥɛːʁ] (n. com. PTT)
Le bottin (ou annuaire des abonnés au service de téléphone à domicile) était un accessoire très cher à deux institutions majeures des années surannées : les PTT et le 36 Quai des Orfèvres.

Toutes deux en déplorent grandement la mise en surannéité. Dans chaque utilisation que l’une ou l’autre pouvait en faire, le bottin permettait à coup sûr de taper juste. Que ce soit dans une démarche constructive de questionnement d’un honorable correspondant téléphonique, que ce soit dans une démarche destructive de questionnement d’un infréquentable truand gardé à vue.

Ainsi peut-on l’affirmer haut et fort : la mise au suranné du bottin a-t-elle largement bouleversé l’organisation de plusieurs fleurons institutionnels piliers de notre République.

L’avait-il envisagé ainsi ce fourbe sbire tatillon-pointilleux qui un jour s’enorgueillit de l’idée moderniste de vouer le bottin aux gémonies environnementalo-économistes des pourfendeurs du papier ?

Mais quelle réflexion saugrenue amena donc un beau matin ce gratte-papier ministériel de sous-catégorie et d’autres ronds-de-cuir qui devaient lui être supérieurs à décider que le bottin devait en rester là ?

À mon avis c’étaient des types qui ne téléphonaient jamais à de jolis minois qui ne leur avaient laissé d’autre choix que celui de fouiller mille pages pour espérer les appeler avant de les épouser, des routiniers bien peu enclins à faire avouer une faute qui serait alors peut-être à moitié pardonnée par d’autres méthodes que celle de la confession, en un mot des médiocres.

Ami suranné toi aussi je sais que tu acquiesces. Le bottin était un outil quotidien aux mille utilités, et je n’ai pas encore abordé la cale frigo de la buanderie avec le nombre de pages adéquat, le piedestal de siège coiffeur pour marmot, l’allume feu de cheminée (avec de vieilles éditions, il va sans dire), le nettoyeur de vitres (truc de grand-mère c’est cadeau ça m’fait plaisir), etc. On peut sans se tromper affirmer que le bottin était le meilleur ami de l’homme bricoleur et de la femme fière de son foyer en ces temps surannés.

Au grand dam des institutions sus-nommées le Minitel puis l’Internet furent dédiés au remplissage des fonctions du bottin devenu inutile. Les PTT y perdirent jusqu’à leur nom pour finir dénommés en couleur¹, le 36 se vit contraint par des lois scélérates de laisser les baveux empêcher par leur simple présence l’utilisation d’arguments trop frappants.

La fin du bottin est celle d’une conception de l’administration à la française. Un choc de simplification qui n’en portait alors pas le nom; une violence.

¹Orange.

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