Grammaticastre [ɡramatikastr]

Fig. A. Enfants faisant les clowns en classe.

[ɡramatikastr] (néol. gramm. SCOL.)
«Fait le clown en classe », « A touché le fond mais creuse encore », « Était au bord du gouffre et a fait un grand pas en avant », « En chute libre, attention à l’atterrissage », « Aussi suffisant qu’insuffisant » et autres cinglantes appréciations professorales ne sont rien à côté du beaucoup plus créatif grammaticastre si celui ci vient à biffer un bulletin de notes.

Jouant de son infamie savamment polie par la langue des faubourgs, grammaticastre désigne le mauvais grammairien, le prétentieux lettré qui se vautre dans la fange d’un imparfait du subjonctif merdique, l’usager foireux du participe passé mal accordé ou pire encore, celui qui croive.

Et le vilain l’est d’autant plus que c’est l’argomuche qui le montre du doigt, grammaticastre étant né dans une rue qui avait un tant soit peu fait ses humanités. Un langage dédaigné par celui qui fixe les règles du bien parler qui se retrouve pourtant penaud tant grammaticastre a su emprunter sa superbe à sa cousine académique pour rayonner.

Son suffixe en -castre que l’on retrouve dans médicastre (un médiocre médecin, ignare et imposteur) tient à distance quiconque essayerait d’expliquer que ce n’est pas sa faute, que c’est cette grammaire complexe de la langue française qui perd ses pratiquants avec sa syntaxe classique, ses exceptions qui confirment des règles difficiles à apprendre, avec ses -x pluriels contrevenant à des -s logiques (à moins que ce ne soit l’inverse).

Et s’il persiste à donner un soufflet à Ronsard, le grammaticastre se fera botter le cul par la licence poétique qui permet au poète toutes les facéties pour conserver une rime ou le rythme d’un vers. Sans verser dans l’insulte, grammaticastre est tout de même généreux en moquerie.

Les tenants modernes d’une grammaire s’apparentant à une conversation téléphonique aux ondes hachées par la profondeur d’un tunnel¹ feront de grammaticastre un mot désuet.

Leur conception dite inclusive de la syntaxe, ne pouvait en effet supporter plus longtemps cet affront fait à leur idée engagée d’une grammaire jonchée de -euses en sus des -eurs ou de .euse.eur illisibles, c’est selon, de iels, de toustes et de ceulles farceurs – farceuses ? – qui les posaient cependant aux yeux des vieux Cons Surannés comme de parfaits grammaticastres.

Sans avenir, grammaticastre retournera jacter avec le populo au zinc du Balto, là où tous les copains qui “faisaient le clown en classe” se retrouvent à l’heure de l’apéro, histoire de se marrer puisqu’ils ne sont bons qu’à ça.

¹”— Tu me… sinon… après tout… donc c’est… comme tu disais… enfin tu vois ce que…”.

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