Buen retiro [bÿâ retiro]

Fig. A. Puertas del buen retiro.

[bÿâ retiro] (loc. nom. ESPAÑ.)
Quand le langage suranné n’ose s’exprimer en français et va chercher les mots dans une langue amie, l’espagnol en l’occurrence, on peut en déduire qu’il fait dans le très lourd, l’inavouable, le sale.

Buen retiro qui mot à mot signifie bonne retraite est en effet pesant.

Opportuniste, il s’affranchit de toute vulgarité en empruntant à Cervantes, García Lorca ou Machado deux mots on ne peut plus corrects de leur langue.

Palais bâti sur ordre de Philippe IV d’Espagne aux portes de Madrid, le Palacio del Buen Retiro était un lieu de détente pour le monarque et sa suite qui devint dans la langue classique française le nom des appartements privés de tout puissant au pouvoir puis dans la langue surannée le synonyme du petit coin.

Passer d’un palais de plus de vingt bâtiments, de jardins et d’étangs à une seule pièce exiguë, voilà une sacrée dégringolade qui s’explique cependant.

Lieu d’aisance au sens propre comme au sens figuré (c’est à dire pas très propre quand il est public et carrément dégueulasse quand il est autoroutier), le buen retiro ne sera plus que les water-closets comme on dit pour faire Américain, après la destruction du palais madrilène en 1833 qui ne sera donc pas laissé en sortant dans l’état dans lequel on l’avait trouvé en entrant.

De cette date à l’entrée en ère moderne, aller au buen retiro signifiera donc se rendre sur le trône pour y aller voir Bernard, comme on dit en complément.

Une tactique à la fois pudique et exotique que celle de confier à la sagacité de l’interlocuteur la compréhension du propos ibérique. Il est vrai qu’aller au buen retiro est moins pompeux que se rendre à pied là où le roi va seul, moins banlieusard qu’aller à Clichy, et nettement moins imagé qu’avoir la taupe au guichet qui manque tout de même de tact.

La formule buen retiro permet en outre de laisser planer l’aura du voyageur qui a vu du pays, du marin au long cours passé par Valparaiso, du baroudeur qui revient de la lointaine Terre de feu, quand aller aux gogues ne valorise en rien l’annonciateur.

Subissant la concurrence très féminine d’aller se repoudrer le nez, aller au buen retiro connaîtra des jours plus difficiles et deviendra totalement suranné quand l’hygiénisme moderne ira jusqu’à décider des formes d’expression. Une langue propre ne claironne pas ses envies sanitaires, telle est désormais la consigne.

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