Attendre sous l’orme [atâdre su lòrm]

Fig. C. Le chêne de Saint Louis.

[atâdre su lòrm] (loc. verb. JUSTI.)
Si vous avez bien écouté à l’école (ou si vous avez bien regardé Il était une fois l’Homme), vous savez que Saint Louis rendait la justice sous son chêne, en son château de Vincennes.

C’est donc pour imiter le grand chef que les multiples potentats locaux du royaume d’alors se mirent eux aussi à juger sous un arbre, trouvant que ça posait son homme (les sbires adorent faire comme le chef). Faute de chêne, ou pour ne pas vexer leur souverain, ces glands le firent sous un autre arbre de haute futaie : l’orme. Et là, ils attendirent le justiciable.

Leur réputation de médiocrité se répandant aussi vite que celle de la sagesse de Louis IX (les sbires sont toujours médiocres), elle fit naître dans la langue du bon peuple l’expression attendre sous l’orme qui soulignait le temps long, long, long comme un jour sans pain, pour le pseudo justicier à qui personne ne rend visite puisque précisément, il ne porte que le pseudo sans l’entendement.

Grâce à leur coupable bassesse (les sbires sont toujours bas) attendre sous l’orme connut une période d’expansion exceptionnelle pour faire part de la pause infinie qui grignote le temps et la patience, allant même jusqu’à faire oublier ces chefaillons de pacotille.

En effet, dès que la justice fut un tant soit peu organisée et rendue ailleurs que sous un chêne (lieu finalement jugé peu pratique notamment en octobre et novembre, période de chute des glands), attendre sous l’orme devint du plus commun synonyme pour se faire poser un lapin (sens du XXᵉ siècle).

En 1969, Joe Dassin qui avait attendu sous l’orme que son talent de chanteur de variétés soit enfin reconnu chez Maritie et Gilbert Carpentier, sort une 33T, zaï zaï zaï zaï, dont la quatrième chanson de la face A, zaï zaï zaï zaï, propose d’aller siffler là-haut sur la colline avec un petit bouquet d’églantines, zaï zaï zaï zaï, en attendant la belle bergère, zaï zaï zaï zaï, histoire de se rouler dans la rosée avec elle, zaï zaï zaï zaï.

Attendre sous l’orme ne trouvant pas de rime riche dans la chanson (uniforme, réforme et énorme ne collaient pas avec l’esprit léger des paroles), l’expression est écartée et remplacée par le fameux zaï zaï zaï zaï qui connaîtra le succès que l’on sait. La chance vient de passer, le rendez-vous avec la gloire moderne pour attendre sous l’orme n’aura pas lieu.

Attendre sous l’orme file en surannéité, bientôt rejointe par Joe, Maritie, Gilbert et tant d’autres.

Quant à la jolie bergère, elle n’est jamais venue. Zaï zaï zaï zaï, zaï zaï zaï zaï…

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