Malitorne [malitɔʁn]

Fig. A. La politesse. Propagande française. 1944.

[malitɔʁn] (n. m. SUR.)
Si le mot est suranné, son usage devrait cependant trouver sujet à l’emploi contemporain tant il est aisé de le croiser au quotidien. Le malitorne doit d’ailleurs posséder un mode de reproduction particulièrement efficace qu’il conviendra d’étudier un jour tellement il pullule, mais ceci est une autre histoire.

Le malitorne, donc, se repère facilement dans la cité moderne : si j’osais j’emprunterais au poète sa rime pour le résumer en un mot. Allez, j’ose :

« Et quand il pète il troue son slip »¹.

Voilà, tout est dit. Le reste de cette définition ne sera que glose et délayage, exemples et vaines tentatives d’explication.

Alors glosons.

Éructant à la moindre occasion, le malitorne sait aussi flatuler, cette activité pouvant comme nous venons de le voir entraîner quelques conséquences que d’aucuns jugeront fâcheuse sur les tissus cotonneux de sa bonneterie mais qui ne semblent pas outrageusement le miner. Dont acte.

Attablé, le malitorne est aussi des plus cocasses. S’il consent, quoi que modérément, à l’usage des couverts il voue néanmoins la Baronne de Rothschild aux gémonies avec son goût immodéré pour la complexité protocolaire et la multiplication des fourchettes, couteaux, cuillères et autres instruments étranges qui ne sauraient au final remplacer dix doigts bien agiles. Et que dire de son approche des plaisirs vinifiés; les différents verres à vin ne sont que fioritures quand on peut après tout boire un Champagne dans un gobelet de plastique. Ou à la régalade.

Son langage charmant n’a rien à voir avec l’argot dont il n’est pas issu. Tâchant parfois de manier l’expression, il attendra que la routourne tourne², il courra jusqu’à ce qu’il pourra, et il n’hésitera pas à flatter les modernes avec la création d’un plus-que-parfait du conditionnel futur du meilleur cru, faisant ainsi la nique aux intégristes grammairiens et aux rigoristes du Bescherelle.

Faut pas qu’on va se laisser faire par des ‘culés qui sachent pas parler normalement.

Le malitorne est ainsi, généreux dans l’effort, pourvoyeur des meilleurs traits d’humour tel le fameux « Dis camion » que l’on réserve aux femmes à qui il n’est en outre pas nécessaire de tenir une porte puisqu’après tout elles ont aussi des bras.

L’intérêt subtil de la préservation du malitorne tient en une perversion : grâce à lui le plus commun des quidams (dont je suis) passera pour un véritable gentleman. Tout à une raison d’être en ce bas monde.

¹La brillante thèse qui est consacrée à son œuvre est disponible ici.
²J’invente ? Cliquez ici.

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