Con comme une valise sans poignée [kô kòm yn valiz sâ pwaNé]

Con comme une valise sans poignée

Fig. A. Valises remplies de cochon (avec poignée).

[kô kòm yn valiz sâ pwaNé] (expr. imag. POL.)
La légende (mot suranné pour dire buzz – pour les djeuns’), la légende donc, raconte que c’est Jacques Chirac, premier ministre se fâchant tout rouge contre les députés de sa majorité attaquant Simone Veil lors de la présentation de la loi qui portera son nom, qui aurait fait entrer la formule étudiée en ces lignes au Panthéon du suranné.

Il faut dire qu’avec en toucher une sans faire bouger l’autre le grand Jacques avait déjà du lourd au palmarès; l’hypothèse est donc plus que crédible.

Défendant Poussinette¹ face aux insultes en tous genres, Chirac se serait directement adressé à ses troupes en les tançant d’être cons comme une valise sans poignée.

L’image a le mérite d’être limpide. Car, admettons-le ici, qu’y a-t-il de plus con qu’une valise sans poignée ?

Issue de la traditionnelle malle-cabine qui possédait pour sa part deux poignées, une de chaque côté pour faciliter sa prise en main par les porteurs (avec trois poignées on parle de malle-valise), la valise (une seule poignée donc) compte parmi ces objets indispensables mais dotés d’une intelligence d’autant plus limitée qu’on ne peut les saisir. Vous saisissez ?

Car c’est à la préhension qu’on mesure le génie d’une valise ou de toute autre chose inerte à fonction particulière et réduite. “Ce qui se saisit bien s’énonce clairement et inversement”, comme le disait Louis Vuitton reprenant Boileau-Despréaux et son Art poétique. D’où la nécessité impérieuse d’une poignée à la valise, faute de quoi elle devra être transportée dans les bras ce qui est vraiment très con. D’où con comme une valise sans poignée, CQFD.

Vedette incontestée de La traversée de Paris sortie en 1956, la valise côtoie alors les plus grands. Jean Gabin, Bourvil, Louis de Funès lui confèrent une notoriété sans pareil grâce au périple de la rue Poliveau à la rue Lepic, emplie avec ses consœurs d’un cochon découpé en morceaux. Elle y démontre toute son intelligence de situation aux mains d’un Grandgil qui hurle “Jambier, j’veux 2000 francs, Jambier, 45 rue Poliveau !” et d’un Marcel Martin con comme une valise sans poignée.

Une modernité réticente à l’effort du transport de valise viendra rendre tout ça ô combien suranné.

Fini le carton, le cuir et les lanières, fini les serrures en fer blanc au claquement sec à l’ouverture, et surtout fini la poignée rivetée : la valise est désormais en plastique moulé, équipée d’une poignée rétractable et de roulettes² permettant d’entrer en collision avec les chevilles. Bourvil, Gabin et de Funès ne s’en remettront pas.

En janvier 1975³ on entend donc pour la dernière fois con comme une valise sans poignée.

¹Surnom que Chirac donnait à Simone Veil. Authentique.
²Une invention de Delsey en 1972.
³Loi Veil du 17 janvier 1975 .

  2 comments for “Con comme une valise sans poignée [kô kòm yn valiz sâ pwaNé]

  1. Marie
    6 juillet 2017 at 09:51

    Je suis donc bien scotchée en janvier 1975 ! Assénant à l’envi dès qu’un faiseur ou un belître, un faraud, une niquedouille, une dadais, une dinde agace ma naturellement bonne et bienveillante disposition :”Il/Elle est con comme une malle – j’ai monté la contenance, la lourdeur, l’encombrement – sans poignée !” Décidément, je n’ai pas trouvé mieux depuis lors ou bien je suis définitivement surannée.

    • Olivier Genevois
      6 juillet 2017 at 15:10

      La malle sans poignée suppose l’absence de deux représentantes de l’art préhensile, ce qui en fait un sacré connard. Déjà que con comme une valise sans poignée c’était beaucoup…

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