Scoubidou [skubidu]

Fig. 1. Nœuds. Musée de la marine.

[skubidu] (néol. ART.)
Dans la chanson surannée le refrain le faisait venir après les pommes et les poires, sans qu’on ait jamais bien compris pourquoi d’ailleurs, mais l’art de la phrase fredonnée a ses secrets que je ne possède pas. Dans la hiérarchie du loisir suranné il arrivait dans le top 3 avec le bateau en papier à faire voguer dans le caniveau et la partie de billes. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je vous prie d’accueillir chaleureusement le très hautement suranné… Scoubidou !

Sacha Distel nous conta donc ses déceptions amoureuses que lui causèrent pommes, poires et scoubidou et j’ai beau me creuser la tête je ne comprends toujours pas sa chanson¹. Si quelqu’un a un début d’explication je suis preneur. Laissons le chansonnier ici (je le préfère en crooner¹) et concentrons-nous un instant sur l’art du tressage du scoubidou.

Si tu en as fait tu es de fait suranné(e). Des à trois fils, des à quatre fils, des à six fils, des à 45°, des à 90°, des souples, des rigides, des droits, des courbes, des à maillage torsadé, des à maillage rectangulaire, des qui alternent rond et carré, des une couleur, deux couleurs, trois couleurs, quatre couleurs… Bref si tu connais tout ça tu connais le scoubidou.

Pour ma part je ne crois pas avoir jamais réussi à en débuter un. Le nœud de base du scoubidou relève du matelotage (vous savez, nœud de vache, nœud de ris, nœud d’écoute, tête d’alouette, gueule de raie, etc.) et de marin je n’ai que le t-shirt rayé alors autant vous dire que j’ai besoin d’une assistance pour commencer mon scoubidou. Cela dit ça tombe bien, la cour de récré est peuplée d’une jolie blondinette à couettes toute prête à débuter l’affaire (je me demande si je ne suis pas en train de comprendre ce que voulais dire Sacha). Elle m’explique donc patiemment comment plier deux boucles de même longueur, entourer la première avec la deuxième, faire un nœud, le serrer fort, et commencer le scoubidou selon la technique dite des oreilles. Je fais oui de la tête en sachant bien que je n’ai pas écouté et que je reviendrai la voir pour le suivant (mais vous l’aviez compris car vous êtes des malins, c’est un stratagème pour qu’elle me prête de l’attention).

Avec mon argent de poche dûment gagné (lavage de voiture paternelle, passage d’aspirateur, rangement de chambre) j’achète de longs et fins tuyaux de plastic coloré pour faire ces scoubidous. Je me souviens même en avoir eu comme gadgets dans Pif Gadget n°23, la folie Scoupifou. La grande classe consiste à les porter négligemment tombant sur une jambe après avoir pris la précautions de les nouer dans un passant du pantalon. De tout cet attirail et de mon assiduité acharnée ressortent moult porte-clefs,  bracelets, pendentifs, et autres utilités indispensables à la vie quotidienne bien entendu. La famille, les amis, les voisins sont pourvus à foison de scoubidous colorés. Grâce à moi personne n’égare plus jamais ses clefs.

Le scoubidou est devenu suranné après la fin de la récré. La blondinette ne m’a plus regardé.

Je perds mes clefs. Je n’ai toujours pas compris la chanson.

 

¹Il créera trois ans plus tard « La belle vie » dont je comprends nettement mieux le sens, va savoir pourquoi…

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