Debout les crabes la mer monte [debu lé krab la mèr môt]

Fig. A. Cosme de Médicis, fondateur de la dynastie des Médicis et de leur devise festina lente.

[debu lé krab la mèr môt] (loc. imp. ADO.)
L‘usage géographiquement et temporairement restreint de l’expression étudiée ci-dessous explique en grande partie sa chute en désuétude.

Il est en effet nécessaire, pour l’utiliser, de se trouver en bord de mer en période estivale et d’avoir sous la main quelques adolescents fatigués étirant leur grasse matinée jusqu’aux environ de treize ou quatorze heures du matin.

Debout les crabes la mer monte peut alors s’employer afin de convier la marmaille boutonneuse et échevelée à quitter les bras de Morphée. Son énonciation recevra bien entendu des borborygmes en guise de réponse (le langage pubère se rapprochant du néandertalien dans sa forme la plus primaire), signifiant une réprobation certaine quant à la comparaison des individus avec des crustacés décapodes.

Pourtant, le crabe ne devrait pas être l’objet d’une forme quelconque de mépris de la part du flemmard : animal fétiche des Médicis illustrant leur devise oxymore festina lente¹, il fut longtemps considéré comme un protecteur, qu’il soit crabe enragé, crabe vert, crabe fantôme ou crabe tourteau.

Debout les crabes la mer monte s’inscrit bien dans la lignée de cet appel apophtegmatique à se hâter lentement afin d’échapper à un destin que rien, si ce n’est le mouvement, ne saurait détourner².

Une dimension qui échappe bien évidemment au béjaune léthargique qui, au camping des Flots Bleus, se traîne des tonnes de cafard et préférerait oublier en dormant encore un petit peu, ces vacances à Saint-Malo et ces parents en maillot qui dansent sur Luis Mariano³.

C’est ce désespoir, d’ailleurs, qui lui fait répondre vos gueules les mouettes la mer est basse à debout les crabes la mer monte, affichant un degré d’insolence susceptible de le priver d’argent de poche pour le restant du séjour.

En 1983, un accident industriel cinématographique envoie debout les crabes la mer monte dans la catégorie surannée (la locution échappe de très peu au ringard). Devenue titre d’un film que la postérité ne daignera pas conserver comme un chef d’œuvre, l’expression suit les quatre-vingt dix minutes réalisées par Jean-Jacques Grand-Jouan dans l’oubli. Elle n’en ressortira jamais.

Certains prétendent qu’on peut la trouver aux côtés de Embraye bidasse, ça fume, pas très loin de On se calme et on boit frais à Saint-Tropez, d’autres monuments des années surannées qui ont aussi donné lieu à expressions (mais ceci est heureusement une autre histoire).

¹Hâte-toi lentement.
²Bien que les crabes se sentent totalement à l’aise dans l’eau.
³Si l’on en croit Laurent Voulzy et son Rockcollection qu’on entend partout en cet été 1977.

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