Être du bois dont on fait les flûtes [ètre dy bwa dô ô fè lé flyt]

Fig. A. Trois flûtes en bois. Abraham Storck, 1644-1708.

[ètre dy bwa dô ô fè lé flyt] (loc. verb. MARIN.)
S‘il vaut mieux ne pas manquer d’air pour jouer du flageolet, du galoubet, de l’ocarina, ou de tout autre modèle de flûte (instrument à vent existant depuis la 6ᵉB pour les uns, depuis le paléolithique pour les autres), il n’est nullement nécessaire d’en posséder plus que le strict minimum nécessaire au maintien des fonctions vitales pour être du bois dont on fait les flûtes.

Le velléitaire perdrait en effet son statut de mou-d’accord-avec-tout-le-monde s’il venait à souffler ne serait-ce qu’un début d’idée à son interlocuteur. C’est en effet là sa consistance majeure : celui qui est du bois dont on fait les flûtes ne contredit personne.

Il peut paraître de prime abord étonnant d’affecter à un instrument brassant de l’air un statut synonyme de veule et vil. Dans l’orchestre on a connu plus discret et consensuel que la flûte : le triangle pondéré qui ne tinte qu’une ou deux fois par symphonie, les cloches ridicules avec leurs deux octaves et demi, sans parler des pudiques clochettes (le glockenspiel) et du furtif tambourin.

C’est que la flûte en question n’est pas celle avec laquelle vous massacrâtes, en compagnie de l’ensemble de vos camarades de 6ᵉB, Au clair de la lune en sol sol sol la si, la sol si la la sol.

Être du bois dont on fait les flûtes fait en réalité référence à un bateau hollandais du XVIᵉ siècle capable de naviguer sur toutes les mers et se pliant aussi bien aux exigences du transport commercial qu’à celles de la bataille navale. Un navire simple à construire, adaptable en toutes circonstances, et surtout un trois mâts facile à diriger. Il n’en fallait pas plus pour qu’être du bois dont on fait les flûtes devienne l’expression désignant l’accommodant.

La marine moderne et sa vapeur comme énergie propulsant les steamships couleront être du bois dont on fait les flûtes. L’expression survivra vaguement jusqu’à ce que la vapeur devienne désuète à son tour, et la flûte ne sera plus dès lors qu’un instrument destiné à saccager l’éducation musicale des élèves de France (mais ceci est une autre histoire).

Incomprise, être du bois dont on fait les flûtes s’abîmera alors à jamais dans les profondeurs surannées.

Laisser un commentaire