Avoir vu la mariée [avwar vy la marjé]

Fig. D. Mariage flamand.

[avwar vy la marjé] (loc. verb. PANIQ.)
Ce n’est pas l’étrange tradition ancestrale et superstitieuse qui prône de ne pas voir la mariée dans sa robe de princesse avant la cérémonie qui se trouve à l’origine de l’expression considérée ci-dessous.

Pourtant, en ces temps où avoir vu la mariée était utilisé dans le sens qui nous intéresse de fausse alerte, la promise était encore une surprise et ses talents et défauts inconnus du futur marié (ce qui n’est pas le cas en modernité mais demeure néanmoins une autre histoire). Ce qui aurait largement suffit à en faire une source.

Avoir vu la mariée, qui signifie donc se trouver fort décontenancé sans véritable raison, provient en réalité de la chose militaire et plus précisément d’une des batailles de la révolte des gueux – ou guerre de Quatre-Vingts Ans, 1568-1648 – qui bouta l’armée du royaume d’Espagne hors des Provinces-Unies.

L’histoire (la petite) veut donc que les éclaireurs d’une troupe qui était possiblement celle d’Alexandre Farnèse, troisième duc de Parme et de Plaisance, gouverneur général des Flandres, guerroyant contre les orangistes, déclenchent le branle-bas de combat un dimanche sonnant de 1584, du côté de Gand, en entendant tambours et trompettes accompagnant un mouvement à l’horizon.

Mouvement qui n’était que celui d’une de bande de convives fêtant le mariage d’une Flamande du coin, à qui le bedeau et même son éminence, l’archiprêtre qui prêche au couvent, avaient dit qu’à vingt ans il faut se fiancer, se fiancer pour avoir des enfants, etc.¹

Depuis ce beau jour, on dit de celui qui crie au loup sans en avoir vu la queue qu’il a vu la mariée.

Raillé pour la peur que lui procure son ombre, celui qui a vu la mariée triomphera enfin en 2005 grâce à la révision constitutionnelle consacrant son angoisse en un très moderne principe dit de précaution, envoyant au passage avoir vu la mariée en surannéité pour manque de clarté pouvant laisser place au doute et donc à la panique.

Il est désormais constitutionnel de s’agiter et courir en tous sens en criant qu’on va tous mourir dès lors qu’on entend tambours et trompettes. On verra plus tard si c’était celles de l’ennemi ou du mariage d’une blonde Flamande.

Courez !

¹Les Flamandes, Jacques Brel, 1959.

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