Pervenche [pèrvâS]

Fig. A. « La pervenche en maraude », allég.

[pèrvâS] (n. com. PV.)
La question du statut de titulaire (ou non) de la fonction publique française étant l’un des piliers de l’ordre social, de la pensée politique, et des principes économiques qui régissent le pays de la langue surannée, il ne parut jamais iconoclaste à quiconque que les auxiliaires féminines de police chargées du contrôle du stationnement sur la voie publique jouissent d’une dénomination particulière, désormais regrettablement désuète.

La pervenche, puisque c’est d’elle dont il s’agit, était, en son temps de règne sur la voie carrossable, ainsi désignée du fait de son apparence visuelle sans concurrence (hors visite d’État de la reine d’Angleterre s’entend, la souveraine possédant elle aussi ce goût vestimentaire particulier pour les tailleurs inspirés par la couleur des psittacidae les plus exotiques, mais ceci est une autre histoire).

Contractuelle (pour ce qui est de son statut) de couleur rappelant donc sans nuance celle de la plante couvre-sol à feuillage persistant, la pervenche promène jupe en dessous du genou, veste trois boutons à col pelle à tarte et chapeau improbable dès cette année 1977 au cours de laquelle elle abandonne la tenue précédente qui l’avait alors faite aubergine.

Avec son foulard blanc bleu rouge qui souligne l’harmonie d’un bleu certainement choisi par un jury d’hommes en costumes Tergal® avec chaussettes de tennis¹, la pervenche est l’incarnation suprême de la Parisienne; non pas dans l’habillement mais dans le caractère : acrimonieuse, hautaine, inabordable.

Certes la pervenche n’a pas la tâche facile puisqu’elle verbalise l’oublieux du parcmètre, l’étourdi de la zone bleue et le flemmard en double-file, mais elle peut parfois céder au sourire, même si c’est rare (comme la Parisienne).

Elle n’en acquerra pas pour autant une réputation flatteuse, la laissant (par pudeur ?) à son lointain collègue barbu en jean et blouson cuir qui défouraille porte de Clignancourt pour dézinguer l’ennemi public numéro 1², tandis qu’elle verbalise courageusement d’une contravention de deuxième classe un autre dangereux malfaiteur coupable de stationnement ininterrompu d’un véhicule en un même point de la voie publique ou de ses dépendances pendant une durée excédant sept jours ou pendant une durée inférieure mais excédant celle qui est fixée par arrêté de l’autorité investie du pouvoir de police.

1994 marquera une première et très nette avancée vers la surannéité pour la pervenche honnie : un bleu marine orné d’un liseré grenat teinte le nouvel uniforme. Quelques vieux cons surannés, refusant le changement ou ne distinguant plus guère les couleurs, résistent et continuent à nommer pervenche celle devenue Agent de Surveillance de la Ville de Paris.

Le 1er janvier 2018, la pervenche disparaît à jamais, victime d’un robot nettement plus sympathique qui se contente de faire bénéficier les stationnaires étourdis d’un forfait post-stationnement³. Trois fois plus cher que la vieille prune d’avant, mais ceci est une autre histoire.

L’automobiliste en viendrait-il à regretter sa pervenche fanée ?

¹Sinon quel phénomène pourrait expliquer une telle faute de goût ?
²Alors que, notons le, Jacques Mesrine n’avait jamais reçu la moindre amende pour stationnement illicite sur la voie publique.
³Authentique !

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