Mettre flamberge au vent [mètre flâbèrZ o vâ]

Fig. A. Thémis mettant flamberge au vent pour appliquer l’article 222-32 du Code pénal.

[mètre flâbèrZ o vâ] (loc. verb. ZIG.)
Rinaldo de Montalbano (ou Renaud de Montauban), héros légendaire d’une chanson de geste du XIIᵉ siècle, en avait une bien grosse et bien puissante. D’épée, évidemment.

Et comme tout homme fier de l’attribut de sa virilité il l’avait dénommée. Flamberge était donc une épée, pourfendant l’ennemi, découpant, tailladant, au profit du beau Renaud. Les psychanalysants verront certainement dans Flamberge une sorte de Popaul gothique, et nous les laisserons disserter sur la chose, admettant bien volontiers notre incompétence totale en la matière.

Flamberge nous intéresse au plus au point car en perdant sa majuscule pour devenir générique de toutes les épées de poids, elle a donné l’expression mettre flamberge au vent.

Et les psychanalystes l’ont emporté…

Mettre flamberge au vent a de suite (ou presque) signifié faire prendre l’air à Popaul et non sortir son glaive du fourreau pour en découdre avec un malfaisant. Bien entendu quelques férus médiévistes ont tenté de lui faire conserver son sens premier, truffant leurs écrits épiques et scientifiques de mettre flamberge au vent pour décrire la charge d’une troupe cavalière; mais rien n’y a fait : mettre flamberge au vent est demeuré le synonyme d’avoir la bistouquette exposée au regard de tout un chacun.

Attention : mettre flamberge au vent n’est pas nécessairement répréhensible. L’action est même préférable pour prendre une douche par exemple. Et elle est encouragée sur certaines plages de notre beau littoral où la nudité édénique a cours. En revanche, il est plus que malvenu de mettre flamberge au vent de manière intempestive, devant l’école primaire Jean Macé ou à l’intérieur d’un wagon de métro. Pour de tels actes, à l’époque de Renaud de Montauban, Flamberge aurait tranché flamberge.

L’article 222-32 du moderne Code pénal de 1994 balaye derechef flamberge au vent par l’utilisation d’un martial « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ».

Flamberge s’en va rejoindre Durandal, Colada, Hauteclaire, Totsuka-no-Tsurugi¹, autres épées mythiques ayant réglé tant de malentendus sans pour autant connaître le bonheur de terminer en expression surannée, fut-ce celle marquant une certaine propension à se promener braguette ouverte à tous les vents.

¹Respectivement épées de Roland, du Cid, d’Olivier, d’Izanagi.

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