Chasser la caille coiffée [Sasé la kaj kwafé]

Fig. A. Joli spécimen de caille coiffée. Collec. Buffon.

[Sasé la kaj kwafé] (loc. verb. CHASS.)
Georges-Louis Leclerc de Buffon, Buffon tout court pour la postérité, naturaliste de renom et homme des Lumières par excellence le soulignait déjà : la caille est chaude. Plus chaude que les autres emplumés, ce qui contribuera d’ailleurs à générer l’expression chaude comme une caille, voisine de celle qui nous occupe en ces lignes.

C’est cette température élevée qui est à l’origine d’un parallèle bien peu scientifique, l’hyperthermie étant censée caractériser une appétence particulière pour l’activité charnelle (mais les scientifiques y connaissent-ils quelque chose en émois ?). Par déduction, on comprendra que lorsque l’on part chasser la caille coiffée c’est n’est pas à l’oiseau de la sous-famille des perdicinae qu’on en veut, mais bel et bien à la donzelle.

Chasser la caille coiffée prend suffisamment de précautions dans sa construction pour distiller sa douce ambiguïté. C’est la coiffe qui donne cette précision subtile, sorte de connivence qui glisse qu’il n’y aura pas de massacre sanguinaire dans cette partie de chasse.

Contrairement à celle de son homonyme, la caille coiffée ne se chasse pas au chien d’arrêt. En revanche, tout comme son homonyme, la caille coiffée se nourrit en soirée et se repose le reste de la journée. Elle est ainsi fraîche et pimpante quand le chasseur, sans son chien puisqu’il sait chasser, la chasse. Car, à nouveau contrairement à son homonyme, la caille coiffée aime se faire attraper.

Pour se faire remarquer du chasseur, la caille coiffée se coiffe. Et pour bien signaler au chasseur qu’elle est une chaude comme une caille (cf. princeps), elle ceint sa coiffe d’un suivez-moi jeune homme de bon aloi.

La chasse à la caille coiffée est de toute les saisons. Mais l’été est évidemment plus propice au port de la coiffe chapeautante.

Chasser la caille coiffée est devenu suranné quand capelines, cloches, Panama, bibi et canotiers, ont cessé de protéger les belles et de dérober aux regards la couleur de leurs yeux. Perdu, le chasseur ne sait plus chasser.

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