Suivez-moi-jeune-homme [sÿivèzmwaZëneòm]

[sÿivèzmwaZëneòm] (n. comp. MILF)
Il arrive à la langue surannée de faire des manières. Elle peut après tout être désuète et avoir sa pudeur. Surtout lorsque le sens est finalement sans ambiguïté.

Dans les années Maritie et Gilbert Carpentier, surannées par définition, Dalida nous roucoulait son désespoir d’avoir deux fois dix-huit ans et comptait ses nuits d’automne en mettant de l’ordre dans ses cheveux¹. Elle aurait pu, si la rime avait été suffisamment riche, si Pascal Sevran et Simone Gaffie s’étaient un peu plus creusé les méninges, nous chanter qu’elle portait, noué à son chapeau, un suivez-moi-jeune-homme

Fig. A. Jolie blonde chapeautée portant un suivez-moi-plus-trop-jeune-homme. Collec. perso.

Fig. A. Jolie blonde chapeautée portant un suivez-moi-plus-trop-jeune-homme. Collec. perso.

Le suivez-moi-jeune-homme est certainement le nom le plus subtil et le plus charmant du vestiaire féminin du XIXᵉ siècle. Ces deux pans de dentelles qui flottent derrière la robe ou ce ruban entourant le chapeau qui caresse délicatement la nuque de l’élégante renferment une poésie qu’aucun décolleté même le plus aguichant, aucune jambe fuselée même montée sur talons vertigineux, ne sauraient apporter.

Comme son nom l’indique, le suivez-moi-jeune-homme est un appel à découvrir émerveillée, au creux d’un lit improvisé, un ciel superbe. C’est un signal à s’enhardir pour celui qui vient de voir « Le blé en herbe »² au cinéma et qui ne sait pas vraiment ce qu’est l’amour.

Foin de ces subtilités codées pour les nouvelles MILF de l’école ! La couguar chasseresse ne porte plus de suivez-moi-jeune-homme et ne sait d’ailleurs pas qu’un tel tissu existe. Cette femme moderne qui s’interroge sur la vieillesse, sur son pouvoir de séduction, est désormais pressée et ne fait pas dans la dentelle virevoltante. La suggestion c’était bon pour mémé, elle fait dans l’efficace, elle : Botox, implants, Tinder; et ce n’est pas de ma faute si ça fait BiT.

À chaque époque son suivez-moi-jeune-homme, mais j’aimais bien l’idée d’un morceau de dentelle suggérant qu’il est encore temps d’aller trousser jupon à Trousse-Chemise (ou ailleurs, mais comme ça on restait dans le chiffon et la chanson).

Si l’idée nympholepte d’inventer le suivez-moi-mademoiselle vous traversait l’esprit, sachez que l’expression existe déjà et qu’elle désigne une veste (je ne sais pas si c’est celle qu’on se prend alors). Il me vient quant à moi soudain l’inspiration de créer le suivez-moi-plus-trop-jeune-homme-mais-quand-même-en-forme…

 

¹Pendant environ quarante ans j’ai entendu « de l’or dans mes cheveux ».
²Réalisation Claude Autant-Lara, 1954, d’après le roman de Colette.

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