Ramer des gencives [ramé dé Zâsiv]

Fig. A. Galériens ramant, Ulysse ramant des gencives.

[ramé dé Zâsiv] (loc. verb. GAL.)
Ses détracteurs¹ disent de ce savant dictionnaire raisonné des mots surannés et expressions désuètes, qui comme vous le savez contient des centaines de définitions rigoureuses en bidules, littératures, sciences, langues, arts, sports, pensées & élégances, qu’il n’est que palabres et bafouillages. Des jaloux !

S’ils en maîtrisaient un tant soit peu le contenu, les persifleurs utiliseraient ramer des gencives pour décrire l’activité de l’objet de leur courroux. Mais comme ils sont ignares en matière surannée, et surtout qu’ils ne souhaitent pas lui rendre le moindre hommage, ils se contentent de l’expression sans relief parler pour ne rien dire.

Dommage d’user d’un tel falot et sans saveur quand on a à disposition un si efficace ramer des gencives pour tancer tous ceux qui en font trop, qui tiennent le crachoir pendant des heures, qui sont incapables de mettre du papier dans la sonnette.

Une thèse osée que nous n’hésiterons cependant pas à diffuser ici, prétend que ramer des gencives a été créée par la marine à voile qui était aussi, on le sait moins, la marine à rame quand le zéphyr ne daignait pas souffler sur les flots. C’est plus exactement des galères que proviendrait l’expression, où l’hortator avec son gros tambour et son bâton était le seul à pouvoir ramer des gencives pendant des heures, pontifiant avec le capitaine, tandis que les esclaves condamnés de la chiourme, ramaient avec leurs bras, eux, et en silence…

Les prises de paroles du lider maximo, Fidel Alejandro Castro Ruz, portèrent ramer des gencives au firmament, notamment aux Nations Unies en 1960 grâce à l’entremise d’un discours de quatre heures et vingt neuf minutes, puis en 1998 avec sept heures et quinze minutes de langue de bois sur la politique générale (record du monde du verbiage toujours en cours).

Ces logorrhées, et ramer des gencives dans son sillage, se fracassèrent sur la lassitude affichée de tout public ne risquant pas la peine capitale au moindre bâillement émis dans le cadre d’un discours inaugural de salle des fêtes, de départ à la retraite du responsable de la photocopieuse, ou de vœux de bonheur guimauve à des jeunes mariés.

Dans une époque moderne dont le goût pour la vitesse, la concision, le oui, le non, le sans nuance, ne sont plus à démontrer, ramer des gencives n’avait plus rien à faire qu’à se faire oublier. Dont acte.

¹Et c’est qu’ils sont nombreux, les bougres trop sérieux.

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