Y aller franco de port [i alé frâko de pòr]

Fig. A. Un docker, un marin et une putain dans le port d’Amsterdam.

[i alé frâko de pòr] (exp. ciale. GRATU.)
Les temps surannés ne sont pas ceux du jardin d’Eden, cotonneux et doux à loisir. Les temps surannés connaissent eux aussi la dureté des us, la violence des coutumes parfois; simplement le font-ils savoir en des termes un tant soit peu travaillés.

Se la tailler en biseau [se la tajé â bizo]

Fig. A. Atelier de taille en biseau.

[se la tajé â bizo] (loc. coup. GEM.)

Un simple pronom personnel, sibyllin complément de l’objet du propos, et c’est un mystère de la langue qui surgit. L’expression intrigue : que faut-il donc tailler selon se la tailler en biseau ?

Avaler son poussin [avalé sô pusê]

Fig. A. Poussin congédié.

[avalé sô pusê] (loc. gall. ANPE).

On se fait généralement engueuler comme du poisson pourri avant d’avaler son poussin, expression dont la construction laisse présager un triste sort pour la bestiole à plume (qui plus est sans préciser si elle était encore vivante au moment de l’ingurgitation). D’où une certaine surprise à l’usage.

Avoir la vérole et un bureau de tabac [avwar la véròl é û byro de taba]

Fig. A. « — C’est la vérole ! — Non ! C’est la bile ! — La vérole ! — Qu’on lui fasse une saignée ! »

[avwar la véròl é û byro de taba] (loc. médic. MST.)
Le carabin est connu pour ses blagues potaches et ses chansons paillardes¹, piliers de son apprentissage professionnel avant même la théorie des humeurs ou l’écriture illisible.

Il l’est un peu moins pour sa contribution substantielle au langage suranné, notamment avec cette expression magistrale qui, à l’origine, expose qu’un patient peut aisément présenter des pathologies indépendantes les unes des autres.

À se cogner le derrière au lustre [a se kòNé le dèrjèr o lystr]

Fig. A. Phobiques administratifs tentant de se cogner le derrière au lustre.

[a se kòNé le dèrjèr o lystr] (néo. laca. PSY.)

Jacques Lacan, qui s’est longuement penché sur la métaphore et la métonymie au point de ne pas passer pour le dernier des cons quand il s’agissait de décortiquer le langage pour y trouver l’inconscient, fut aussi créateur d’expressions surannées.

Être de la pipe [ètre de la pip]

Fig. A. « Une petite pipe et au lit ».

[ètre de la pip] (loc. verb. MENT.)
Cassée quand c’est la fin, par tête quand il faut casquer, taillée (libidineuse qu’elle est), au nom d’elle même quand il s’agit de s’exclamer, débourrée aux toilettes…

La pipe est présente dans tant d’expression surannées qu’elle demande à être précisément analysée dans chacun de ces cas pour s’avérer intelligible.