Bouffer à tous les râteliers [bufé a tu lé rateljé]

Bouffer à tous les râteliers

Fig. A. De l’art de tenir les couverts. Musée Nadine de Rothschild.

[bufé a tu lé rateljé] (loc. verb. ART DE VIV.)

Quiconque par ici se comporterait de mauvaise manière avec l’art d’être convive serait voué aux gémonies et supplicié en place publique. C’est ainsi depuis les temps les plus surannés. On ne badine pas avec le protocole dans la salle à manger française et le sens d’un couvert ou son ordre d’apparition dans le grand théâtre du dîner sont autant d’oracles parfois obscurs à respecter.

Coincer la bulle [kwêsé la byl]

Coincer la bulle

Fig. A. Cuirassiers coinçant la bulle. Musée des Invalides.

[kwêsé la byl] (loc. verb. ARMÉ.)

Le suranné aime le paradoxe, la contradiction logique et l’absurdité. Nous pourrions passer des heures et des lignes à l’expliquer, mais à quoi bon ?

Procédons plutôt par l’exemple avec une expression qui aurait pu (dû ?) souligner de ses mots le fabuleux Droit à la paresse de Paul Lafargue, paru en 1880, et dont nous ne saurions que trop vous suggérer le (re)lecture (mais ceci est une autre histoire).

Le napperon de télévision [le naprô de télévizjô]

Le napperon de télévision

Fig. A. Tv chez la mère à Titi.

[le naprô de télévizjô ] (croch. DÉCO.)
Apogée de la démarche artistique des années surannées, le crochet a donné à l’intérieur de la maisonnée cette touche inégalable, cette marque intemporelle, cet art de vivre, ce souci du détail qui font d’un salon un havre de paix et de sérénité.
Chaque maîtresse de maison s’enorgueillit en ces temps, de posséder cette souplesse de poignet lui permettant de crocheter et cette imagination galopante lui autorisant les créations les plus osées : centre de table en tulipe, bonbonnière pour dragées ou autres petites douceurs, cadre photographique, dessous de verre, et bien entendu napperon de télévision.

Manger les pissenlits par la racine [mâZé lé pisâli par la rasin]

Manger les pissenlits par la racine

Fig. A. La camarde mangeant des fleurs par la racine. Allégorie.

[mâZé lé pisâli par la rasin] (exp. triv. MOR.)

Se gaussant de tout et de tous, les mots surannés ne semblent craindre nul châtiment, pas même celui de la camarde. À ainsi faire les malins on peut se demander ce qui les meut, ces mots que la mort n’émeut pas.

Âmes sensibles s’abstenir, le travail exploratoire qui suit va précisément se rapporter à descendre vers les trois règnes de l’au-delà, Enfer, Purgatoire et Paradis.

Avoir le rideau coincé dans la fenêtre [avwar le rido kwêsé dâ la fenètr]

Avoir le rideau coincé dans la fenêtre

Fig. A. Fenêtre à la française, rideau de voile léger.

[avwar le rido kwêsé dâ la fenètr] (loc. verb. arg. DECO.)

La caractéristique numéro un du langage suranné est évidemment qu’il n’est plus guère usité. Cela est entendu. Mais il en est une autre qui est celle de sa saveur, truculente, bien souvent cause de sa désuétude.

C’est qu’il faut l’assumer l’image surgie de derrière les fagots, c’est qu’il faut la porter la catachrèse tout en argot, c’est qu’il faut la sortir la métaphore d’Aubervilliers ou d’ailleurs.

Être comme l’âne de Buridan [ètre kòm lan de byridâ]

Être comme l’âne de Buridan

Fig. A. Fromage ou dessert ? Eau forte. Collec. privée.

[ètre kòm lan de byridâ] (loc. verb. PHILO.)

Ceux qui reçurent l’enseignement du doute professé par Joannes Buridanus, Jean Buridan pour les intimes, philosophe français et docteur scolastique, ne peuvent plus témoigner. Le XIVᵉ c’est loin. Le siècle, pas l’arrondissement, enfin : Jean Buridan, 1292-1363.