Aller à la messe du coussin blanc [alé a la mès dy kusê blâ]

Fig. A. Enfant s’enfuyant pour éviter d’aller à la messe du coussin blanc.

[alé a la mès dy kusê blâ] (loc. anticléric. DORM.)
Avant d’être un boulevard longeant le cimetière du Montparnasse (Paris XIVᵉ), Edgard Quinet était un homme politique républicain et foncièrement anticlérical; du genre à bouffer du curé matin midi et soir jusqu’à l’indigestion.

C’est donc à ses idées, partagées par une bonne partie des Français sous la IIIᵉ République, que l’on doit aller à la messe du coussin blanc, formule de toute évidence destinée à imputer à l’Église l’obligation pour les enfants d’aller se coucher alors qu’il ferait encore bon jouer aux billes ou aux osselets.

Nul ne pourrait affirmer qu’un quelconque comité Théodule secret avait fomenté cette sombre stratégie d’association d’idées, mais force est de constater qu’en plein cœur des années surannées se répétait quotidiennement à des millions de poulbots, de drôles et de minots, qu’il était l’heure d’aller à la messe du coussin blanc et que la chose agréait peu la marmaille¹.

Plus encore, aller à la messe du coussin blanc était utilisée en guise de sanction suprême (en cas de miroir brisé ou de cerisier du voisin pillé par exemple), contribuant à attribuer à toute liturgie une fonction punitive.

Réflexe pavlovien acquis, cette géniture devenue grande se mit à tempêter et protester avec véhémence dès lors qu’elle entendait une phrase contenant le mot messe. Le complot ourdi quelques années plus tôt avait fait son office. La fréquentation des douze mille quarante cinq paroisses des diocèses de France déclina pour autant qu’aller à la messe du coussin blanc devenait un élément du langage quotidien.

Mais paradoxalement l’usage de l’expression finit par en prendre un coup lui aussi.

En effet, la séparation de l’État et du goupillon d’une part, la déclinaison en parures de lit de multicolorés et inesthétiques imprimés à l’image de joueurs de football ou de super héros cachetonnant auprès des industriels du divertissement d’autre part, firent d’aller à la messe du coussin blanc une expression surannée.

Sans messe ni coussin blanc compréhensibles, aller à la messe du coussin blanc s’avéra inaudible par des morveux entre temps devenus rois du monde (mais ceci est une autre histoire).

Et la messe du coussin blanc de rejoindre le cinéma des draps blancs.

¹Celle-ci en profitait parfois pour s’échapper et se réfugier dans une cabane sise dans les arbres.

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