Être habile de ses mains comme un cochon de sa queue [ètr abil de sé mê kòm ê kòSô de sa kö]

Être habile de ses mains comme un cochon de sa queue

Fig. A. Cochon avec sa queue en tire-bouchon. Doc. INRA.

[ètr abil de sé mê kòm ê kòSô de sa kö] (loc. adv. GRÜIK.)
Depuis toujours le malhabile est source inépuisable de moqueries. Celui qui casse, celui qui fait tomber, celui qui n’attrape pas, celui dont les mains s’agitent comme des marionnettes et renversent tout ce qui se trouvait à leur portée, celui-là donc qui semble ne jamais maîtriser le moindre de ses gestes fait rire à ses dépens.

On lui promet sept années de malheur lorsqu’il brise un miroir, on annonce à voix haute un goguenard faites chauffer la colle lorsqu’il dessert la table et on salue bruyamment son exploit lorsqu’il renverse pour la troisième fois de la semaine son plateau de spaghetti bolognaise à la cantine¹.

Si la modernité droitière veut qu’on dise alors de lui qu’il possède deux mains gauches, l’époque surannée préférait être habile de ses mains comme un cochon de sa queue. Autant l’une est méprisante pour ces quelque 5% de la population que le système contrarie dès la plus tendre enfance, autant l’autre est suggestive et sans sarcasme puisque la forme hélicoïdale de l’appendice du sus scrofa domesticus et son impossibilité pour le propriétaire d’en faire quoi que ce soit sont des données objectives.

Être habile de ses mains comme un cochon de sa queue ne brocarde pas le pourceau car le bestiau n’a aucune prétention en matière de délicatesse. Du porcelet au verrat en passant par le nourrain et le goret, l’animal n’a comme objectif quotidien que de se nourrir d’immondices et se vautrer dans la fange, mais jamais de se servir avec une quelconque habileté de sa queue. Être habile de ses mains comme un cochon de sa queue ne pourra donc blesser le porc tant qu’il est de la ferme.

S’il devenait humain ce cochon là pourrait bien se vexer d’entendre dire qu’il n’est guère émérite avec sa queue mais vous en conviendrez, ceci est une toute autre histoire.

Être habile de ses mains comme un cochon de sa queue connut donc son heure de gloire dans l’expression des bévues domestiques briseuses de vaisselle ou de vase de Chine hérités des aïeux. Si l’expression eut pu partir en vrille en 1311 après que les porcs nettoyeurs qui traînaient dans les rues de Paris causèrent la mort de Philippe, fils aîné et héritier du roi Louis VI le Gros¹, elle se maintint néanmoins pendant des siècles, arrivant jusqu’aux portes de la modernité.

Les aventures américaines libidineuses d’un prétendant à la plus haute fonction du pouvoir exécutif de la République française, qui s’avéra habile de ses mains comme un cochon de sa queue puisqu’il se les fit menotter (les mains évidemment) et fut mené à l’abattoir pour que la vindicte populaire en fasse de la chair à saucisse, sonnèrent le glas de ces histoires cochonnes¹.

Les gauchers ne l’en remercient pas, porteurs qu’ils sont désormais de toute la malhabileté humaine avec leur main directrice qu’on double quand ça casse. Les cochons quant à eux gambadent dans les prés.

¹Authentique.

  2 comments for “Être habile de ses mains comme un cochon de sa queue [ètr abil de sé mê kòm ê kòSô de sa kö]

  1. 24 janvier 2017 at 13:02

    Malgré tout l’infini respect que je dois à l’auteur de cette vénérable encyclopédie à la richesse ludique incomparable, je tiens à m’inscrire en faux contre ce qui n’est pas un détail dans ce texte au demeurant tout autant réjouissant que ses prédécesseurs ! Comment peut-on affirmer, aussi suranné soit-on, que le cochon, je cite : « n’a comme objectif quotidien que de se nourrir d’immondices et se vautrer dans la fange » ? Ventre saint-gris ! De quelle désinvolture face au réel, de quelle ignorance coupable envers le scrofa domesticus, voire de l’influence délétère de quel secret lobby antiporcin, une telle affirmation témoigne-t-elle ? Des cochons qui se nourrissent d’immondices et se vautrent dans la fange, on en trouve, c’est exact… mais sous une forme servile révoltante, détestable, abjecte, odieuse, atroce, innommable, etc. etc. imposée par qui ? Je vous le donne en mille : par l’homme. Oui ! par l’HOMME ! Dans des usines à bestiaux nos amis à la douce peau rose sont enfermés par centaines, par milliers, dans une proximité répugnante, gavés d’antibiotiques, séparés du sol par une grille sous laquelle s’écoulent leurs déjections… Bref, vous m’avez compris. Alors qu’en réalité, il suffit d’observer de merveilleux, charmants, adorables, choupinous cochons élevés dignement pour constater que c’est là l’un des animaux les plus propres qui soient, doublés de très fins gourmets (ce n’est pas pour rien qu’ils aiment tant les châtaignes et sont si doués pour trouver les truffes !) dont, d’ailleurs, une alimentation finement choisie vient parfumer délicatement une viande aux qualités organoleptiques ô combien louables. Fi, donc, de ces calomnies et rendons aux cochons leur honneur bafoué !
    Gros poutous
    Cincinnatus

  2. Olivier Genevois
    24 janvier 2017 at 15:27

    Entendons le gruuuïïïk de défense des amis du goret et lavons à la fois les cochons et leur honneur. Et remettons au calendrier comme le 5 frimaire républicain qui portait son nom.

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