Mettre du papier dans la sonnette [mètre dy papjé dâ la sònèt]

Mettre du papier dans la sonnette

Fig. B. Heurtoir de porte. Ante. sonnette.

[mètre dy papjé dâ la sònèt] (loc. exasp. DRING.)
Une femme n’est jamais si bavarde que quand elle se tait. C’est Honoré de Balzac, grand connaisseur des femmes (et homme à femmes), et surtout fin lettré qui nous le dit. Et c’est un bien bel hommage aux yeux des belles qui en disent tellement plus que leurs paroles.

Il est fort peu probable que l’expression que nous allons modestement définir bavardant ci-dessous soit balzacienne de naissance. Mettre du papier dans la sonnette n’est pas du niveau du grand maître, plus encore, on sent qu’elle charrie une exaspération et un pragmatisme efficace dans l’action bricoleuse qui n’est que peu goûtée par celui qui est pure pensée.

Mettre du papier dans la sonnette est une solution. Et une solution à un ras-le-bol papotier, de ceux qui fatiguent les esgourdes, qui irritent l’encéphale, qui incommodent les méninges. Mettre du papier dans la sonnette est aussi insidieusement phallocrate, promouvant un féminin amplifié par son suffixe en « ette » comme la source de l’éreintement susdit. Il est bien évident que pour tancer un verbiage masculin il serait devenu mettre du papier dans le cor par exemple !

Mettre du papier dans la sonnette est utilisée en injonction ou en soupir pour exiger ou implorer un silence des mots et laisser place à l’éloquence du regard dont nous parle le Balzac qui aimait tant les femmes. Il faut en faire cette lecture si on veut lui laisser une chance.

Notons que si mettre du papier dans la sonnette est devenue surannée suite à la disparition massive du carillon fort opportunément remplacé par le digicode et la caméra de contrôle destinés à chasser l’importun, l’expression a aussi marqué en son temps une forme moderne. Avant le déploiement de la fée électricité bien nécessaire au fonctionnement de la sonnette, c’est la cloche ou le heurtoir qui faisaient office d’appel; et selon qu’ils étaient tintement ou tintouin, frôlement ou tapement, babil ou vagissement, ils présumaient du ton du dialogue qui suivrait.

Mais donc, le temps où la sonnette ne tinta plus vint à son tour.

Mettre du papier dans la sonnette s’est tue plus tard, enfouie sous les principes modernes qui exigent que les genres partagent également leurs qualités et leurs tares. Un saint principe qui gouverne désormais et sonne les cloches à tout apologue considéré comme écart. Grand bien nous fasse.

On n’entendra donc plus mettre du papier dans la sonnette. Peu importe, l’essentiel est de ne pas trouver porte close.

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