Avoir les côtes en long [avwar lé kot â lô]

Fig. A. Cage thoracique de fainéant. Musée de la glande.

Fig. A. Cage thoracique de fainéant. Musée de la glande.

[avwar lé kot â lô] (loc. adv. ANAT.)
Depuis la dissection en 1543, du corps de Karrer Jakob von Gebweiler (un terrible meurtrier) par André Vésale, premier véritable anatomiste, l’on sait la répartition régulière des côtes et leur orientation oblique vers la bas de la cage thoracique. A tel point que les nombreux Oscar qui peuplent le fond des salles de classes surannées présentent de façon très détaillée les sternales, les asternales et autres capsule articulaire, ligaments, cartilage et membrane synoviale.

Tout est donc fait depuis belle lurette pour que nul fantaisiste ne puisse prétendre avoir les côtes en long. Et pourtant, pourtant, avoir les côtes en long faisait partie du vocable de ma grand-mère pour qui l’oisiveté barrait automatiquement la route du Paradis (ce en quoi elle se trompait puisque comme chacun le sait, c’est l’avarice qui constitue le pire des vices, mais ceci est une autre histoire).

Avoir les côtes en long en dit assez pour envisager la constitution squelettique du fainéant. Son anomalie osseuse l’excuse d’emblée : le musard aurait bien aimé se lancer dans l’effort mais c’est son corps qui lui refuse l’action. Avoir les côtes en long l’oblige bien malgré lui à s’affaler sur le canapé et le contraint à l’alanguissement. Quel dommage ! Lui qui aurait tant voulu partager ces tâches quotidiennes !

Il m’est bien entendu arrivé d’avoir les côtes en long. Mais la simple évocation de l’expression me glaçait d’un tel effroi que dans l’instant je me levais pour prendre ma part de corvée de patates, de ramassage d’haricots verts, de tonte de pelouse ou de rangement de grenier. Avoir les côtes en long est d’un tel non sens anatomique qu’imaginer la chose et ses contraintes me contrariait. Ma grand-mère savait y faire pour obliger le traîne-savate, pour commander le désœuvré ou pour fouetter la feignasse.

Les progrès de l’imagerie médicale moderne finirent par lui donner tort, prouvant par leurs techniques photographiques intrusives que non seulement les plus beaux corps n’étaient que de vulgaires amas d’os (qu’on ne me parle pas de la beauté intérieure), mais surtout que les côtes n’étaient jamais en long. Et par conséquent que les glandeurs étaient surtout dotés d’un beau poil dans la main.

Si j’avais su l’anatomie j’en aurais évité des corvées !

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