Le Petit Rapporteur [le peti rapòrtër]

Le Petit Rapporteur

Fig. A. La Liberté de se marrer attaquant la Bastille. Allégorie.

[le peti rapòrtër] (titre TV)
Si traditionnellement dans le royaume puis la république de France la critique des puissants et la moquerie de leurs mœurs fut l’objet de l’écrit (on ne compte plus les pamphlets qui envoyèrent refroidir en Bastille leurs rédacteurs trop peu subtils), sachez amis du nouveau millénaire que la télévision n’eut pas toujours la voix de son bon maître et qu’elle sut elle aussi faire dans le pernicieux.

Mieux encore, c’est même de la première de ses chaînes (en termes de numérotation) dont il sera question dans les lignes documentées qui vont suivre. En vérité je vous le dis, TF1 l’impertinente, voilà qui va en surprendre plus d’un.

Dans ces temps du siècle précédent, le journal télévisé de la Télévision Française 1ère chaîne ne nous expose pas les métiers d’antan même quand elle nous parle de la France rurale, et quand elle chante sous les balcons des puissants ce n’est pas leurs louanges.  « Sans la liberté de flatter, il n’est pas d’éloge blâmeur¹ » est la devise d’un journal d’un genre un peu particulier : le Petit Rapporteur.

La rédaction est composée de Jacques Martin, posé en rédacteur en chef et présentateur, Stéphane Collaro, Pierre Bonte vrai connaisseur de la France profonde (et il le restera), Piem dessinateur et caricaturiste qui fume la pipe sur le plateau (oui, oui, c’est aussi ça les années surannées), Daniel Prévost et Pierre Desproges, excusez du peu. Le ton de cette fine équipe est tellement irrévérencieux que le mot de la fin de chaque journal est « à dimanche prochain, peut être… ».

Qu’on ne se méprenne pas, le Petit Rapporteur est un véritable journal télévisé qui sévit le dimanche à l’heure du déjeuner familial, avec de vrais journalistes et un vrai rédac’ chef, pas un ersatz. La seule différence avec la norme communément gobée par les téléspectateurs fascinés est celle de l’angle éditorial comme on dit. Le Petit Rapporteur voit les choses par le petit bout de la lorgnette, parce qu’on y voit bien mieux que par le grand bout, et s’attache aux détails dans lesquels le Diable se cache mais qui en disent tellement long sur les travers de ceux qui voudraient nous faire marcher droit.

Le Petit Rapporteur nous donnera parmi les plus audacieux instants de la télévision : visite de Montcuq par Daniel Prévost, interview du Père Liochon par Pierre Bonte, Desproges questionnant Françoise Sagan. Et il arrivera ce qui se doit d’arriver à tous les rigolos : virés. Fin de la déconnade, et vlan au suranné.

Dans la télé à écran plat, l’irrévérence l’est aussi, plate. Les rires sont en boîte ou sur ordre d’un chauffeur. Des rebelles à la mèche travaillée se gaussent toutes dents blanches dehors de souverains complices, élus ou proclamés, et l’insolence est finement calculée (en recettes publicitaires). « Sans la liberté de flatter, il n’est pas d’éloge blâmeur » est devenu réalité, abandonnant en 1975 son deuxième degré.

Quarante ans ont passé, Daniel Prévost fait des pubs pour supérettes à la radio et Pierre Desproges est mort; je crois qu’il a bien fait.

¹Pied de nez à Beaumarchais et au Figaro, bien entendu.

Laisser un commentaire