La SNCF [la èsènséèf]

Fig A. Le Paris-Méditerranée entrant en gare de Sète. Vue de l’artiste.

[la èsènséèf] (acrony. TCHOUTCH.)
Les surannés ne l’auront certainement pas remarqué, perdus qu’ils sont dans leur monde désuet qui n’existe plus ailleurs que dans leur tête (ce qui est déjà pas mal, convenons-en) mais la Société Nationale des Chemins de Fer français a disparu. Pas après une énième grève ou une quelconque OPA d’un hostile concurrent aux crocs acérés, non non, la raison est toute autre.

Après environ quatre vingt années officielles de bons et loyaux services puisqu’elle fut créée en l’année surannée 1938, unifiant les Compagnies des Chemins de Fer du Nord, de l’Est, de Paris-Orléans, du Midi, de Paris-Lyon-Méditerranée, l’administration des chemins de fer de l’État, les Syndicats du Chemin de fer de Grande Ceinture et de Petite Ceinture et les Chemins de Fer d’Alsace-Lorraine, la Société Nationale des Chemins de Fer français a jeté son nom tout déployé dans les poubelles du marketing.

Un diktat moderne et esthétique lui a intimé de se condenser en SNCF uniquement, et surtout de supprimer ce terrible article défini que je ne saurais voir : La.

La SNCF n’est plus qu’un souvenir du Paris-Méditerranée terminus en gare de Sète comme nous le chantait le poète dans sa supplique pour être enterré sur une plage d’où il pourrait continuer à mater les jolies baigneuses pour l’éternité¹.

Il y avait du respect du cheminot et de la bête humaine dans ce La là qui donnait bien le ton. On disait La SNCF en baissant la voix et les yeux, en y faisant briller des étoiles, avec des trémolos qui suggéraient mieux que tout les actions héroïques des cheminots contre la barbarie². Quand on jouait au petit train électrique dans le salon on annonçait à voix haute tout en roulant les r l’entrée du train de La SNCF en gare de Brrrive-la-Gaillarrde trois minutes d’arrrrêt correspondance pour Saint-Pantaléon-de-Larche par autocar départ 11h32.

Las, le La ce défini s’est fait la malle, banni qu’il a été par un acronyme devenu marque déposée avec son © porté en étendard. Le La contenait un statut qui a pris la tangente avec l’article. Un peu comme si La Callas redevenait Sophia Kalos, ou La Goulue simplement Louise Weber. Et tant qu’on y est virez-moi cet article de La Redoute, elle en contient déjà assez comme ça !

La SNCF nous faisait voyager avec l’Orient Express ou bien le train de nuit, SNCF nous fourgue des sandwiches sans goût au prix du beluga. Si même ton article est devenu suranné tu es très mal barrée ma chère Société Nationale des Chemins de Fer français et c’est un de tes Grands Voyageurs Plus qui te le dit.

¹À ce propos, cher Georges, s’il reste une petite place je veux bien l’occuper, promis je resterai discret.
²La bataille du rail, de René Clément, Grand Prix Festival de Cannes 1946, Prix du Jury Festival de Cannes 1946 au cas où vous seriez passés à côté.

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