Pisser dans un violon [pise dɑ̃ ɛ̃ vjɔlɔ̃]

Pisser dans un violon

Fig. A et B. Stratocaster et violon pour pisser.

[pise dɑ̃ ɛ̃ vjɔlɔ̃] (exp. fig. MUSIQ.)
Pour utiliser l’expression surannée poétique qui titre cette définition, nul besoin de posséder quelque éducation musicale que ce soit.

Encore que vous noterez que l’instrument récipiendaire désigné n’est pas une moderne guitare électrique ni même une boîte à rythme ou un orgue Bontempi truffé d’électronique.Le violon est en soi un instrument suranné et c’est lui qui confère cette qualité à l’expression toute entière. Admettez que pisser dans une Stratocaster aurait nettement moins de cachet et donc de sens quant à la vacuité du geste, mais nous y reviendrons peut-être.

Pisser dans un violon est une expression 100% masculine; oui le suranné a aussi parfois un genre, les tenants jusqu’au-boutistes du neutre voudront bien l’excuser (ou m’insulter dans la zone « Laisser un commentaire » réservée ci-dessous, ça me fera de la lecture). Masculine disais-je car il faut tout de même une capacité à viser les ouïes qui relève nécessairement de la plus grande maîtrise et les hommes sont entraînés dès leur plus jeune âge à la chose. Je suis trivial, je sais, mais on ne s’attaque pas à la dissection d’une telle expression surannée sans envisager de plonger les mains dans la fange.

Pisser dans un violon relèverait du grand art s’il en sortait une quelconque mélodie, trois notes feraient l’affaire, et c’est bien là ce que veut nous amener à envisager la syntaxe. Si ce que je dis, demande ou fais en revient à cela, alors je ne sers vraiment pas à grand-chose. Tel est le constant éreinté de celui qui annonce qu’uriner sur un Stradivarius serait plus utile à l’avancement de la marche du monde que sa présente action.

Mon capricieux et rebelle caractère m’a fait déjà très jeune entrer en résonance avec le violon sur lequel plus d’un de mes maîtres ou professeurs a figuré y vider sa vessie. C’est vous dire que l’on croise ici du suranné bien compris et depuis fort longtemps par l’enfant que je fus. Que ne l’ai-je entendu au comble de l’exaspération d’un pédagogue bafoué, du mécontentement d’une autorité contredite, de l’horripilation d’un précepteur sous pression. Que n’ai-je ri sous cape à les imaginer chose en main tentant à s’épuiser de viser justement au centre du noble instrument (je parle du violon) ! Pisser dans un violon fait partie de mon bréviaire depuis tellement d’années, il est bien suranné…

Comme le destin est joueur, le malin, il se gausse désormais bien de moi en m’obligeant plus qu’à mon tour à procéder à la musicale miction dont il est ici question. Sans plus de réussite que mes aînés je me retrouve à viser à côté, maladroit, empoté. Je me désespère à croire que tous ces concours de celui qui pisserait le plus loin n’ont finalement pas servi à grand-chose.

Sauf à bien rigoler.

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