Avoir l’air d’un âne qui vole [avwar lèr dên‿ an ki vòl]

Avoir l'air d'un âne qui vole

Fig. A. Âne paré au décollage.

[avwar lèr dên‿ an ki vòl] (loc. aér. RAISON.)
Plusieurs légendes font intervenir dans leur récit les supposées conditions de la création d’avoir l’air d’un âne qui vole.

Elles ont toutes en commun de se dérouler dans le petit village de Gonfaron, canton du Luc, Var, et d’y mettre en scène un baudet et les Gonfaronnais.

Que ce soit l’histoire de l’âne à qui l’on souffle dans le fondement à l’aide d’un roseau pour le faire décoller, celle du paysan râleur éjecté de sa monture affolée par les taons ou l’une des dizaines d’élucubrations locales encouragées par l’agréable Ricmuche, avoir l’air d’un âne qui vole aboutit toujours plus ou moins à désigner le quidam au raisonnement bizarre¹.

Sophisme, apagogie et raisonnement alambiqué

De celui allant chercher midi à quatorze heures autant que de celui maniant sophisme ou apagogie, il se dira à Gonfaron et dans toute la France qu’il a l’air d’une âne qui vole, tant sa logique est alambiquée et pourrait donc finir par prouver que bourriquet est en réalité Pégase.

Ne rechignant pas à sauter du coq à l’âne pour démontrer qu’il a raison, le ratiocineur enfile les perles, les déductions, les disjonctions, les contre-exemples et les analogies, lève son index péremptoire et tonitrue si nécessaire jusqu’à ce que le roussin d’Arcadie enfin décolle.

Si le benêt l’admire alors, l’honnête homme sait bien qu’il a l’air d’un âne qui vole.

Inutile de lui proposer quelque contradiction : qui a l’air d’un âne qui vole n’a évidemment plus les sabots sur terre. Pour un peu il se sentirait même monté tel son animal ménechme

Seule la disparition progressive du mulet comme animal de bât au bénéfice de la 2CV fourgonnette puis du contemporain Berlingo cachant son absence d’intérêt derrière sa dénomination joyeuse et surannée (mais ceci est une autre histoire), explique qu’avoir l’air d’un âne qui vole soit devenue une formule désuète alors que la moderne célébrité des raisonneurs télévisés aurait dû la maintenir en actualité.

À moins que ces argumentateurs professionnels n’aient eux-mêmes occis l’âne.

¹Souvent un Parisien.

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