Bouffer sur les couilles à Jules [bufé syr lé kuj a Zyl]

Bouffer sur les couilles à Jules

Fig. A. À table !

[bufé syr lé kuj a Zyl] (loc. jeû. CUIS.)
Le nyotaimori (女体盛り) ou « présentation sur le corps » d’une femme qui consiste à se sustenter de sushis ou sashimis servis sur une geisha nue était vraisemblablement inconnu des créateurs de bouffer sur les couilles à Jules. 

Ceux qui voudraient y lire une version masculine des arts de la table du pays du soleil levant en seront pour leurs frais. En effet, quand on bouffe sur les couilles à Jules c’est un repas que l’on saute puisque l’expression fait, a contrario de l’exotique pratique japonaise, référence à la frugalité.

Même si la question du personnage qui se cache derrière le prénom était résolue, elle n’apporterait guère d’autre éclairage que celui d’une éventuelle datation de l’expression. Une cinquantaine d’années avant JC si le Jules en question est César (et il est de toute évidence préférable de jeûner plutôt que tenter de déjeuner en se servant des roubignoles consulaires comme assiette¹), le XIXsiècle si c’est Verne à l’imagination foisonnante à qui il est fait référence, le XVIIe si c’est Jules Mazarin (mais aucune mazarinade ne le charge de la chose).

Le sens demeurerait similaire si le prénom venait à changer

Le chercheur restera sur sa faim car, il nous faut bien l’admettre, aucun écrit précis ne rend compte de l’origine de bouffer sur les couilles à Jules. Et son usage largement répandu dans les rangs de la Grande Muette n’apporte pas d’indice supplémentaire, quoi qu’en disent les troufions.

Enfin, si Jules n’est jamais loin quand on parle du dessous de la ceinture, c’est comme pot de chambre qu’il est notamment distingué pendant les années surannées; dans ce cas seule la faïence le rattache au service d’un repas et ce serait osé d’y voir un rapport quelconque avec bouffer sur les couilles à Jules.

Notons que le sens de l’expression demeurerait similaire si le prénom venait à changer. Tout affamé continuerait à se priver s’il fallait bouffer sur les couilles à Robert, à Jean-Louis, à Dédé.

Quelques années après sa création à Brooklyn en 1963, la société Weight Watchers installe en France son concept de régime amaigrissant en réunion.

Bouffer sur les couilles à Jules devient monnayable et ne peut dès lors se satisfaire d’une tonalité vulgaire qui pourrait nuire au chiffre d’affaires.

Soutenue par l’ensemble des acteurs du jeûne tarifé, l’entreprise américaine fait rayer bouffer sur les couilles à Jules des tablettes du langage. La France cède et envoie l’expression en surannéité, lui trouvant de nombreuses et plus poétiques remplaçantes.

Quand on cause dollars il ne peut y avoir la moindre couille qui dépasse.

¹Sauf, peut-être, pour Cléopâtre VII encore que l’histoire demeure discrète sur ce point.

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