Cadet-la-gingeole [kadlaZêZòl]

Cadet-la-gingeole

Fig. A. Un bien gentil petit mari.

[kadlaZêZòl] (loc. arg. MARI.)
Ils eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux…

Phrase conclusive de moult contes avec princesse en guenilles et prince charmant à l’épée affutée pourfendant le dragon, promesse de famille nombreuse et de félicité qui ne laissait pas imaginer que le preux chevalier monté sur son cheval blanc – ou même comme un âne, mais ceci est une autre histoire – deviendrait bientôt un cadet-la-gingeole.

Car ainsi va la vie une fois que la dernière page est tournée.

Composé du synonyme de gentilhomme (Cadet n’est pas uniquement le prénom de l’huissier Auxerrois Guillaume Joseph Roussel, dit Cadet Roussel) et du fruit sucré du gingeolier (dit jujube quant à lui), cadet-la-gingeole a été conçu par les moins crédules voulant voir au-delà des points de suspension ce qu’il advenait du héros une fois la noble tâche de bouter les maudits hors du royaume achevée.

Le sens du nom composé leur reconnaîtra une capacité d’observation non dénuée d’intérêt et de causticité.

Le cadet-la-gingeole n’est pas belliqueux

Passer du statut de figure virile culbutant tout sur son passage à celui de cadet-la-gingeole n’est en effet pas des plus flatteurs. Le synonyme de petit mari qui est gentiment assis derrière cette croquignolesque construction linguistique comme seuls les coquins du pavé savent en faire, est bien loin du fougueux paladin. Et ce cadet-la-gingeole est à deux doigts de s’en gausser.

Grâce au miel que produit la gingeole ou à sa version fruit confit, le cadet-la-gingeole ne passe pas pour un belliqueux, et c’est heureux. Tout juste un lambin un peu tiède, un pâteux relâché.

S’il s’affaire ce n’est pas pour botter l’arrière-train d’un cerbère va-t-en-guerre mais plutôt pour s’installer devant le poste de télé¹ car son émission préférée va bientôt commencer : ainsi est le cadet-la-gingeole, pas méchant pour deux sous mais plutôt pisse-trois-gouttes².

Alors le cadet-la-gingeole va lasser.

Suivant le chemin inverse qui avait fait du crapaud un prince aux cheveux dans le vent, le cadet-la-gingeole sera bientôt le nouveau batracien du foyer (cf. fig. B).

Cadet-la-gingeole

Fig. B. Transformation du prince charmant en crapaud.

Les belles histoires à lire pour s’endormir en faisant de beaux rêves s’avérant le véritable ciment de la société, cette dernière ne pouvait tolérer trop longtemps que soit moqué le prince charmant au simple prétexte d’une perte d’allure et d’allant.

Cadet-la-gingeole fut prié de laisser son fauteuil au conjoint légitime bien que celui-ci ne porte pas plus fier. Au moins fait-il plus sérieux, ce qui compense bien largement la fougue totalement surannée du bellâtre d’avant.

Après tout les promesses de contes n’engagent que ceux qui y croient.

¹Aux débuts de l’expression il est vraisemblable qu’il s’installait dans son fauteuil avec le journal ou devant la TSF.
²Comme un pied de nez, le composé des feuilles du jujubier s’appelle la ziziphine.

  1 comment for “Cadet-la-gingeole [kadlaZêZòl]

  1. Roland de L.
    8 avril 2020 at 12:33

    Bonjour,

    Le beau Nénesse a encore frappé !

    Je le cite, pour le plaisir :
    « O mon doux Jésus ! Quand c’est donc que je sauterai le fossé ? Quand c’est donc que vous me ferez jouer sur la guitare du marida ? Quand c’est donc que je m’appuierai le Cadet-la geingeole qui doit me donner son blase ?…
    Nénesse adopte donc une orthographe curieuse (geingeole), que le maître de céans a relevée, mais il est possible qu’il soit le seul à donner à Cadet-de gingeole le sens de « mari ».
    D’ailleurs, sur ce dernier point, le Dictionnaire d’argot Bob met un ? à la suite du sens « mari ».
    On trouve cadet-de gingeole dans le Dictionnaire français-argot de Noter (1901), contemporain de Casanova, mais je ne peux affirmer que c’est au sens de mari.

    Cadet-de-gingeole est une très vieille tournure.
    On trouve par exemple dans le Dictionnaire universel françois et latin, dit Dictionnaire de Trévoux (1752) :
    « On appelle proverbialement un jeune homme grand, mince et élancé cadet-la-gingeole. »

    La plus ancienne mention que je trouve de cette expression est dans l’ Inventaire général de la muse normande (1655) :
    « Et entre les garchons Drian & Ian gros-pied,
    Le cadet la gingeole, & Ioachin le gobe,
    Dodevignolle ossi, Michaut l’estropiay,
    Cardi le biau-rieux aveuq Magister gobe. »

    Quant au mot gingeole, il vient du latin zyziphum, et est synonyme de jujube, fruit du jujubier.
    Mais comme on le dit souvent ici, ceci est une autre histoire !

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