Faire l’effet d’un godmoche à roulasse [fèr léfè dê ɡòdmòSe a rulas]

Faire l'effet d'un godmoche à roulasse

Fig. A. Femme s’en fichant complètement.

[fèr léfè dê ɡòdmòSe a rulas] (loc. blas. RAF.)
Au-delà de s’en tamponner le coquillard, plus loin encore qu’en toucher une sans faire bouger l’autre, aux confins du rien-à-foutisme, du RAB¹, siège une expression de l’effet zéro absolu.

À manier avec la plus grande prudence tant elle marque avec puissance son territoire d’imperturbabilité face à quelque sollicitation qu’il soit, se rencontre donc faire l’effet d’un godmoche à roulasse.

Qui est dans des dispositions telles que des obligations ou des injonctions lui feront l’effet d’un godmoche à roulasse résistera à tout. Plus fort que le blasé, plus buté que le dernier des ânes bâtés, plus imperméable que le K-way est celui dans cet état d’esprit. Il s’en fiche; complètement.

Si faire l’effet d’un godmoche à roulasse se situe ainsi au firmament du nonchaloir c’est parce qu’il fait appel à un registre complexe d’usage, en la matière celui du popaul d’artifice et de la grisette peu grisée par l’ersatz.

Très cher, vos remarques me font l’effet d’un godmoche à roulasse

Le godmoche auquel est il fait référence est en effet l’olisbos, accessoire que les bonnes mœurs réprouvent dans les temps surannés, tandis que la roulasse est évidemment la fille de joie à la vertu monnayable qui roule des hanches sur les boulevards pour aguicher le micheton.

L’asphalteuse ayant vu du Totoche, du Goliath, de l’Isidore et du Jules plus souvent qu’il n’en faut, ce n’est pas un simple morceau de plastique qui va l’impressionner : la cocotte a des heures de vol et elle en connaît un rayon côté bagatelle et accessoires.

Faire l’effet d’un godmoche à roulasse se déploiera au rythme chaloupé des filles de Breda Street et de leur gouaille du pavé, leur fréquentation régulière par des représentants de toutes catégories sociales aidant bien opportunément.

À la fermeture des maisons closes, le 13 avril 1946, l’expression aura atteint une popularité telle qu’elle sera utilisée aussi bien par le mauvais élève grommelant au fond de la classe qu’une mauvais note lui fait l’effet d’un godmoche à roulasse que par le grognon maugréant contre un reproche abusif.

L‘engouement moderne pour le phallus ludique et plastique (dit sex toy) représentant 22 milliards d’euros chaque année, faire l’effet d’un godmoche à roulasse sera poussée en surannéité par des vendeurs en recherche d’une respectabilité que ne conférait pas vraiment l’expression.

Devenu tendance et rentable, le godmoche quittera donc la roulasse sans perdre sa capacité à faire son petit effet, ce qui est bien l’essentiel mais aussi une autre histoire.

¹Rien À Branler.

  6 comments for “Faire l’effet d’un godmoche à roulasse [fèr léfè dê ɡòdmòSe a rulas]

  1. Roland de L.
    3 avril 2020 at 11:04

    Bonjour,

    Permettez-moi de ne pas être tout à fait d’accord sur votre définition de roulasse (« …la roulasse est évidemment la fille de joie à la vertu monnayable qui roule des hanches sur les boulevards… »).
    Cette définition quasi-chorégraphique ne se trouve pas dans la littérature que j’aime, celle de l’argot ancien.

    Roulasse apparaît en 1894 (La Rue, Dictionnaire d’argot), comme synonyme de roulante, rouleuse et roulure, an sens de « basse prostituée ».
    Rouleuse est une entrée de Delvau (Dictionnaire de la langue verte, 1867) : « Femme de mauvaise vie qui roule de quartier en quartier à la recherche de l’homme philosophal ».
    Rigaud (Dictionnaire du jargon parisien, 1878) indique :
    « Rouleuse, roulure : prostituée de bas étage, celle qui roule de quartier en quartier.
    La rouleuse est une fille qui propose un tour de promenade en voiture, les stores baissés. »

    • 3 avril 2020 at 13:09

      Ainsi donc ces confrères auraient plus raison que nous ? Vous m’en voyez fort marri.

      • Roland de L.
        3 avril 2020 at 16:16

        Je suis marri que vous soyez marri.

        Je crois bien que Nonce Casanova, né en 1873, et auteur de cette expression (1) dans Le journal à Nénesse (écrit par le beau Nénesse de la Courtille, cellule 19, 8ème division à la Roquette, publié en 1911) devait utiliser, quand il n’inventait pas ses propres mots, parfois avec la complicité de Bruant, cet argot de la fin du XIXème siècle.

        (1) La citation exacte est, dans la réédition de 2018, « …le goupillon, ça m’a toujours fait l’effet d’un godmoches à roulasses… », avec un s très curieux à la fin de godmoches.

  2. annepaps
    4 avril 2020 at 16:19

    Ah ! quel délice de lire vos commentaires ! Un bon ajout à l’article, merci !

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