Avoir l’as qui bat à renverser l’étagère aux oranges [avwar las ki ba a râvèrsé létaZèr oz- òrâZ]

Avoir l'as qui bat à renverser l'étagère aux oranges

Fig. A. Blonde à l’as qui bat à renverser l’étagère aux oranges.

[avwar las ki ba a râvèrsé létaZèr oz- òrâZ] (loc. card. AMOU.)
Hors effort physique soutenu, c’est bien l’amour et lui seul qui fait battre le cœur à tout rompre. Inutile d’avoir fait de longues études de médecine pour savoir que les sens peuvent affoler le palpitant et sa fréquence de battements généralement installée à un ou un peu plus à la seconde.

De la midinette des années surannées qui en pince pour son prince l’on dira qu’elle a l’as qui bat à renverser l’étagère aux oranges lorsque son cœur s’emballe, plutôt que tout autre discours savant sur l’arythmie et la tachycardie.

Forme imagée des effets du béguin, cette expression de la chamade amoureuse est exclusivement féminine : un homme ne peut avoir l’as qui bat à renverser l’étagère aux oranges. Il est en effet nécessaire d’avoir des oranges sur la cheminée pour envisager que diastole et systole puissent les faire tomber. La femme seule en étant affublée c’est à son endroit uniquement qu’on pourra utiliser avoir l’as qui bat à renverser l’étagère aux oranges.

Notons qu’il n’est pas impératif qu’il y ait du monde au balcon pour que l’expression s’avère pertinente, celle-ci n’exigeant aucun calibrage particulier pour les oranges posées. La moderne norme CODEX STAN 245-2004 pour les variétés du fruit issues du Citrus sinensis qui classe en code 0 les diamètres de 91 à 100 millimètres et code 10 les 60 à 68 n’est pas d’actualité en ces temps où l’esthétique bustière n’a pas encore lancé la course aux armements chirurgicaux (mais ceci est une autre histoire).

Cultivant son registre du frisson amoureux et du pouls pétulant, avoir l’as qui bat à renverser l’étagère aux oranges se fera une place de choix dans l’expression des tourments romantiques et du dérèglement des sens, sans cependant accéder à une postérité éternelle qu’aurait assurée la plume d’un Musset, Hugo ou Lamartine.

Alphonse Marie Louis de Prat de Lamartine jettera en effet cette version de L’Automne² :

Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards !

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
L’as qui bat sous le sourire des anges,
Avant de renverser l’étagère aux oranges !

Fin de l’amour courtois prétendront les uns, irruption d’une sémantique iconique à base de cœurs – dits Like – à apposer sur le moindre produit de consommation argumenteront les autres, aucune exégèse pleinement satisfaisante ne pourra réellement expliquer la désuétude qui touchera avoir l’as qui bat à renverser l’étagère aux oranges une fois venue l’ère contemporaine.

Le cœur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien¹ s’essayera bien à lancer le poète, non sans succès mais sans pour autant éclairer cette bien étrange disparition.
¹Avec le temps, Léo Ferré. 1971
²Document exclusif Les Mots Surannés.

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