Beurrer des tartines [bëré dé tartin]

Fig. A. « Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage vous êtes le phénix des hôtes de ce salon ».

[bëré dé tartin] (loc. verb. MAT. GRAS.)
Le beurre et le pain sous différentes formes sont fournisseurs de moult expressions du langage suranné, à tel point que leurs usages croisés peuvent induire en erreur même les plus chevronnés des parleurs.

Il convient donc pour éviter de cruels contresens de rappeler que beurrer des tartines n’est pas se beurrer la tartine, ni se beurrer la biscotte et encore moins la raie, évidemment (l’un signifiant picoler, l’autre glander et le troisième affichant une certaine désinvolture).

Beurrer des tartines est utilisée pour décrire une argumentation destinée à convaincre et c’est bien la douceur du propos qui s’exprime dans l’étalement du beurre sur le pain (on pourra d’ailleurs en déduire qu’il s’agit d’un beurre doux mais ceci est une autre histoire).

L’intrigante présence de l’article indéfini pluriel « des » au beau milieu de l’expression attirera l’attention du chercheur qui découvrira qu’elle suggère une dialectique qui tourne autour du pot, une ratiocination tant sirupeuse qu’elle en devient suspecte : quand on se fait beurrer des tartines il y a anguille sous roche.

Un candidat à n’importe quelle élection beurrera des tartines pendant toute sa campagne, un renard alléché par l’odeur d’un fromage beurrera des tartines au corbeau qui le tient en son bec; et le baratineur de matière grasse barattée aura généralement une idée derrière la tête¹ (souvent celle de montrer ses estampes japonaises à la donzelle) en triturant le couteau à bout arrondi et fourrageant la motte (cf. fig. A.).

S’il n’est bien entendu pas question de voir le loup à chaque enduction de baguette au bon produit des vaches de Normandie², il y a néanmoins toujours une volonté de flagornerie et de flatterie éhontée qui va avec beurrer des tartines.

Il est à se demander si l’expression n’a pas été beurrer des tartines et les enduire de miel avant de se réduire à beurrer des tartines, tant l’aspect doucereux de la démarche dégouline quand on y regarde bien. Aucun écrit ancien ne vient cependant soutenir cette hypothèse pourtant séduisante et logique.

Malgré dix milliards de baguettes mangées en France chaque année, beurrer des tartines a disparu en surannéité, y retrouvant les promesses de lendemains qui chantent³ et d’amour éternel. L’ami du petit déjeuner, celui qui vient toujours au bon moment avec ses pains et ses croissants, l’ami Ricoré, les attendait depuis un bon moment.

¹Ou dans le slip kangourou.
² »Le beurre c’est la vie » comme aimait le rappeler Paul Bocuse.
³Celles qui n’engagent que ceux qui les écoutent.

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