Être logé chez Guillot le songeur [ètre lòZé Sé ɡijo le sôZër]

être logé chez Guillot le songeur

Fig. A. John Guillot le songeur.

[ètre lòZé Sé ɡijo le sôZër] (loc. verb. ONIR.)
Souvent moqueur, jamais méchant, est le langage suranné. Une ligne qu’il ne quitte jamais, même quand il s’agit de décrire le doux rêveur perdu dans ses pensées, y compris si son air frôle celui de l’ahuri de Chaillot.

De celui-ci qui vit dans les nuages ou dans la lune on dira donc qu’il est logé chez Guillot le songeur, formule qui, selon les savants, proviendrait de chez le roi Lisvard de Grande-Bretagne dont les aventures sont relatées dans Amadis de Gaule, en référence à un chevalier se languissant de sa belle.

Pourtant point de Guillot dans ce roman de chevalerie paru en Espagne en 1508, tout juste un Galaor, un Galvane, un Gandale, un Gandalin, et un Gradamor pour faire l’affaire. Alors peut-être s’agit-il de Guillot de Paris, rimeur Français du XIVᵉ siècle – et donc songeur par essence – qui créa un poème de cinq cent cinquante-quatre vers octosyllabiques citant les trois cent dix rue du Paris de l’époque¹. Nous ne saurions cependant l’affirmer.

Malgré ce flou artistique qui entoure son origine, il est certain qu’être logé chez Guillot le songeur est une expression médiévale, ce qui lui assurera de belles années de description des têtes en l’air avant le début de l’ère moderne.

Nous sommes en capacité d’affirmer ici qu’on croisera du « est trop souvent logé chez Guillot le songeur » dans des bulletins scolaires d’élèves des années surannées, avant que la formule ne devienne trop désuète et surtout incomprise par un système qui n’a que faire des rêvasseries et des chimères.

Incarnant l’inefficacité et l’improductivité ennemies de la modernité, être logé chez Guillot le songeur va vite filer en surannéité quand le dernier slogan utopique est effacé des murs d’une Sorbonne qui pensait trouver une plage sous les pavés.

Les onze apparitions cinématographiques à succès² d’un François Pignon-Perrin doté de toutes les qualités lui permettant d’être logé chez Guillot le songeur n’y feront rien : les années passées à imaginer qu’il n’y a aucun paradis (c’est facile si tu essayes), aucun enfer en-dessous de nous, au-dessus de nous seulement le ciel³, sont ter-mi-nées.

On se réveille et on se met au travail, héros de la classe ouvrière³ !

¹Le Dit des rues de Paris.
²Le grand blond avec une chaussure noire (1972), L’Emmerdeur (1973), Le retour du grand blond (1974), Le Jouet (1976), La Chèvre (1981), Les Compères (1983), Les Fugitifs (1986), Le Jaguar (1996), Le Dîner de cons (1998), Le Placard (2001), La Doublure (2006).
³Imagine,
face A, Working classe hero, face B, du 45T de John Lennon sorti en 1971.

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