Avoir la tête près du bonnet [avwar la tèt prè dy bònè]

avoir la tête près du bonnet

Fig. A. Un bonnet qui gratte. Collec. privée.

[avwar la tèt prè dy bònè] (loc. lain. BONN.)
C‘est en laissant penser qu’elle enfonçait des portes ouvertes que la langue surannée s’est construite, cachant ainsi à ceux qui n’étaient pas destinés à la parler le sens de ses expressions.

Avoir la tête près du bonnet ne fait pas exception.

Il est en effet d’une évidence absolue que la tête est d’une grande proximité avec le bonnet lorsqu’elle en est couverte, la fonction dudit bonnet étant précisément de protéger du froid le siège de la pensée par apposition de sa matière sur la surface capillicultivée ou non. Pour autant, avoir la tête près du bonnet ne signifie pas posséder la plus grande conscience du monde.

Au contraire, avoir la tête près du bonnet c’est se montrer bougon, échauffé par le moindre menu désagrément, prêt à monter au cocotier pour un oui ou un non, à la limite de la folie d’énergumène.

Homo paratior irae

Deux explications s’opposent sur l’origine de l’expression. La première, dite historique, fait porter le chapeau (à grelots) à Triboulet, fou par fonction et donc bouillant du ciboulot. Homo paratior irae comme disait Sénèque, ce qui suffit aux tenants de la thèse¹.

La seconde, beaucoup plus réaliste, attribue à un bonnet tricoté avec de la laine qui gratte, une gestuelle s’apparentant à celle de la colère : bras qui s’agitent au dessus de la ligne des épaules, mains qui vont et viennent sur la tête, doigts semblant fouiller le crâne comme pour en faire sortir la mauvaise humeur.

Certains parlent d’une cagoule de couleur jaune, d’autre d’un bonnet rouge et vert à pompon touffu, étayant l’hypothèse de plusieurs foyers de génération spontanée d’avoir la tête près du bonnet. Les tenants de cette version situent quant à eux dans les années 70 l’émergence de l’expression.

Il est aussi possible qu’avoir la tête près du bonnet soit devenue surannée une première fois après la disparition du dernier fou du roi, aux alentours de 1660, puis tendance avec la mode soixante-huitarde affublant les enfants du bonnet et enfin à nouveau surannée lorsque la dernière cagoule disparaîtra (1989). L’un des très rares cas de double surannéité.

Le port moderne de casquette de base-ball à visière en toute occasion n’aura pas fait ressurgir avoir la tête près du bonnet une troisième fois.

Sauf à réhabiliter la très noble profession de bouffon près les puissants et tout son attirail vestimentaire, elle devrait demeurer surannée.

¹La locution latin clôt souvent le débat.

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