Comme à la cour le jeûne de Carême [kòm a la kur le Zön de karèm]

Comme à la cour le jeûne de Carême

Fig. A. Bombance à la cour pour le jeûne de Carême

[kòm a la kur le Zön de karèm]
Si le non respect d’une instruction réglementaire n’a pas attendu la modernité pour exister, il faut ici souligner que le fraudeur d’hier avait au moins l’obligeance d’user d’une expression soutenue pour exprimer sa forfaiture.

Le resquilleur d’antan agissait en effet comme à la cour le jeûne de Carême, faisant ce qu’il voulait en lieu et place de ce que l’autorité ordonnait, mais le faisant lettré.

Respecter une instruction comme à la cour le jeûne de Carême revient à s’en tamponner le coquillard, éventuellement avec une patte de crocodile femelle voire avec une pelle à tarte, soit à l’équivalent de la bombance faite par les puissants lors des quarante jours de frugalité pour se préparer à Pâques imposés au petit peuple des croyants à partir du IVsiècle.

Il fut effectivement un temps où le régnant avait tendance à ne pas exiger de sa personne le même comportement que celui voulu pour la piétaille, faisant bombance et se bâfrant donc quand les textes en vigueur incitaient à jeûner, arguant de prétextes fallacieux ou même condamnant le manant qui oserait le lui faire remarquer.

S’en beurrer la raie est un comble quand il s’agit de faire maigre

Il est d’ailleurs plus que certain que comme à la cour le jeûne de Carême fut une formule initiée par des opposants las de devoir se serrer la ceinture tandis qu’on ripaillait en haut lieu. La perfidie qui point de la comparaison est certes plus voilée qu’un commun s’en ficher comme de l’an quarante (qui reprend d’ailleurs le nombre de jours du Carême) ou qu’un vulgaire s’en beurrer la raie qui est un comble quand il s’agit de faire maigre, mais elle n’échappe pas à l’oreille attentive.

Bien des années après que les révolutionnaires affamés de n’avoir mangé ni pain ni brioche auront raccourci le règne monarchique, une bonne partie de la cour et le roi lui-même, comme à la cour le jeûne de Carême demeurera en usage pour pointer du doigt ceux en ayant juste pour deux minutes et n’ayant rien à secouer de l’article R417-9 du Code de la route et de son interdiction de stationner, ou les ministres phobiques administratifs en charge… d’une administration.

Porté par d’émérites hiérarques balayant l’ancien régime trop riche en sucres et graisses saturées, un zéphyr salvateur tancera les courtisans ne pensant qu’à goinfrer.

Ce vent nouveau soufflera comme à la cour le jeûne de Carême et ces us coupables en surannéité, conservant cependant n’en rien avoir à swinguer ou s’en battre les steaks qui sonnent américain (ce qui est essentiel désormais mais n’en est pas moins une autre histoire).

  1 comment for “Comme à la cour le jeûne de Carême [kòm a la kur le Zön de karèm]

  1. Roland de L.
    6 avril 2020 at 13:40

    Bonjour,

    Quel saut dans le temps !
    Nous passons des jeux de société des années 50-60 au XVIIIème siècle. C’est du plus que suranné !

    Je n’ai en effet trouvé qu’une seule apparition de ce proverbe, datée de 1738. Rien après.

    Le texte exact est : « D’un silence mal gardé, on dit qu’il l’est comme à la Cour le Jeûne de Carême ».
    Il se trouve dans (je prends mon élan !) : « Ducatiana, ou remarques de Le Duchat sur divers sujets d’histoire et de littérature, recueillies dans ses mss. & mises en ordre par M. F. ».
    Dans son introduction, ce M. F. indique que Le Duchat s’est inspiré du « Dictionnaire des proverbes françois » de Georges de Backer (1710), mais notre proverbe ne s’y trouve pas.
    Je n’ai aucune idée de ce que signifiait ce « silence mal gardé », et suis preneur de tout explication.

    Dernier mot : j’ai comme un doute sur le fait que ce proverbe soit « resté en usage » après la Révolution…
    Mais je ne demande qu’à me tromper !

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