Être un grand abatteur de quilles [ètr û ɡrâ abatër de kij]

Fig. A. Quille à la vanille.

[ètr û ɡrâ abatër de kij] (loc. séduc. BOWL.)
C‘est le plus grand des voleurs, oui mais c’est un gentleman, et chaque femme à son heure, rêve de voir son visage, chantait Jacques le nonchalant en 1975¹, campant un cambrioleur bourreau des cœurs que seuls Casanova et Don Juan avaient précédé dans la légende des tombeurs.

Arsène Lupin, détrousseur et trousseur créé par Maurice Leblanc, était un grand abatteur de quilles.

Construit pour exprimer la seconde de aptitudes du sieur (celle du troussage de jupons) être un grand abatteur de quilles doit son existence au petit nom populaire des jeunes filles, les quilles, qui le doivent elles-mêmes certainement à la longueur infinie de leurs jambes.

Faisant référence au très pratiqué en cour comme dans les bas fonds jeu consistant à renverser des quilles de bois à l’aide de boules, être un grand abatteur de quilles image le coucher nuptial ou supposé tel (s’il le faut l’abatteur promettra bien les noces pour arriver à ses fins²) et surtout sa répétition avec de nombreuses dulcinées d’où procède sa grandeur.

Être un grand abatteur de quilles oscille donc entre le laudatif et le péjoratif, c’est selon. Elle est de ces expressions caméléons qui se conforment au sens général du propos avec, souvent, une ambiguïté dont elle aime se repaître.

Des milliers de débats enflammés ont fait de Don Juan un dieu autant qu’un moins-que-rien. La légende de Giacomo Girolamo Casanova le dit tantôt aventurier tantôt simple escroc : être un grand abatteur de quilles n’est pas un long fleuve tranquille.

L’importation du jeu de quilles sous sa forme américaine de bowling va très vite recadrer être un grand abatteur de quilles. En 1961 les Bowling de Biarritz et celui du Bois de Boulogne relancent un attrait pour les quilles et les boules qui va largement dépasser celui que leur portaient les libidineux Lovelace³ de service. Abattre de la quille et manipuler de la boule en portant des chaussures de gugusse devient LE loisir du samedi soir.

Dépassée par des centaines de strike et de split n’empêchant pas le spare, être un grand abatteur de quilles se replie dans le registre suranné.

Le bowling la suivra quelques années plus tard, mais ceci est une autre histoire.

¹Gentleman cambrioleur, Jacques Dutronc. Paroles Yves Dessca, musique Alain Boublil et Jean-Pierre Bourtayre.
²Il aura tout oublié au petit matin.
³In Clarissa, or, the History of a Young Lady, Samuel Richardson, 1748.

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