Tous les 36 du mois [tu lé trât-sis dy mwa]

Tous les 36 du mois

Fig. A. Le martyre de Saint-Glinglin, en 36 ap. JC. Archives secrètes du Vatican.

[tu lé trât-sis dy mwa] (loc. num. RAR.)
Les numérologues, mathématiciens, comptables, et autres spécialistes de l’utilisation des chiffres sont bien incapables de résoudre l’un des plus grands mystères qui soit en leurs matières : le 36.

C’est qu’il faut se tourner vers les lettres pour y parvenir, ce que nous faisons ici-même (et qui est des chiffres est rarement des lettres, mais ceci est une autre histoire).

Le 36 est un nombre que la langue surannée aime manier. 36 quai des Orfèvres pour la maison poulaga, voir 36 chandelles lorsque l’on se retrouve malencontreusement étourdi (sans aucun lien avec le 36 précédent), 36 fillette pour les pieds menus, ne pas y avoir 36 solutions pour désigner l’évidence, faire 36 choses à la fois quand ça s’agite velu, et tous les 36 du mois s’il faut souligner une extrême rareté.

Certains prétendent qu’il faut remonter au martyre de Glinglin, probablement en 36 après JC, homme dont les textes n’ont hélas pas conservé la trace et qui aurait accompli de très nombreux miracles : retour de l’être aimé, santé, Loto, PMU et paris sportifs, réparation de VW par téléphone, mise à jour ou installation Windows XP par la pensée. Les hommes de peu de foi auraient créé tous les 36 du mois pour décrire ironiquement l’impossibilité flagrante de tels miracles, et l’expression serait devenue celle de la Saint-Glinglin après la canonisation de l’homme.

Bien que la thèse soit séduisante, nous ne saurions la valider, aucune étude sérieuse ne l’étayant à ce jour.

Les tergiversations organisationnelles des calendriers romain républicain (355 jours en année normale et 377 ou 378 jours les années complétées du mois de Mercedonius), Julien (son année -46 dite année de la confusion dura 445 jours), Grégorien (le nôtre, avec des mois de durée différente et des années bissextiles), furent plus vraisemblablement à l’origine de tous les 36 du mois, la date pouvant surgir au milieu de ce capharnaüm mais sans certitude aucune, p’têt bien que oui, p’têt bien que non, on verra…

Ainsi venu de la nuit des temps comptés (et non du temps qui passe) tous les 36 du mois prit-il une large place dans la langue quotidienne. Les artisans promettaient de terminer leur ouvrage pour le 36 du mois, les scribes gravaient leurs marbres sans faute tous les 36 du mois, et, plus tard, l’augmentation massive des revenus accompagnée d’une réduction drastique de l’imposition aboutirait dès le 36 du mois prochain.

La rigueur scrupuleuse et la rationalité chiffrée qui caractérisent la modernité ne purent évidemment tolérer ce dilettante 36 du mois. Un comité Théodule créé pour l’occasion renvoya l’examen d’une résolution aux calendes grecques et tous les 36 du mois alla se faire oublier dans la poussière surannée. Le 36 se contenta dès lors de faire six fois six, ce qui est déjà pas mal.

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