En faire des caisses [â fèr dé kès]

Fig. A. Différentes formes de caisses.

[â fèr dé kès] (loc. verb. CIRQ.)
Composée d’un fond renforcé par deux ou plusieurs barres pour être déplaçable à dos d’homme (dans les temps surannés), évidemment surmontée d’un chevronnage et d’un plancher en planches jointives de plusieurs millimètres, la caisse en bois contre-plaqué est faite pour emporter toutes ses affaires et déménager à la cloche de bois.

Ce qui demeure un paradoxe puisque filer sans payer ce que l’on doit implique notamment de ne pas en faire des caisses.

En faire des caisses suggère effectivement une certaine outrance, un sur-jeu, une lourdeur du propos qui déballe son trop-plein en pleine place publique, qui s’agite et gesticule. Rien de ce qui convient au filou qui cherche à filer à l’anglaise. Ce qui laisse donc à penser qu’en faire des caisses ne fait pas référence à cette caisse de transport.

Il est tout aussi peu probable que ce soit la caisse enregistreuse, celle avec ses rouleaux qui calculent et son tiroir tintinnabulant comme à la Coop, qui ait généré cette expression de dithyrambe. Rien non plus du côté de la Caisse d’épargne ou de celle des Dépôts qui, elles, n’en font jamais trop, pas plus d’ailleurs que celles de retraite dont la chicheté est réputée.

Il est donc vraisemblable qu’en faire des caisses soit liée à la grosse caisse tambourinante du cirque, celle qui souligne de son badaboum bruyant le gag du gugusse. Notons que pour être complète, l’expression devrait être en faire des caisses et des cymbales puisque la conclusion du badaboum est un chtiiiiing cinglant qui donne le signal d’en rire.

Car c’est bien là la conclusion : quand on en fait des caisses on prête le flanc au quolibet et aux lazzi.

Le désintérêt du public moderne pour le spectacle vivant et les tartes à la crème de Zavatta et ses confrères rendit désuète l’utilisation du tonnant et, par conséquent, d’en faire des caisses. Le ronflant qui ne disparut pas pour autant, trouva dans un plus à la mode être too much (le moderne adore parler l’angliche, ça fait Américain) ce qu’il lui fallait pour exprimer l’emphase d’un comportement et classa ainsi en faire des caisses au rayon suranné.

Personne cependant ne s’en offusqua réellement, la passion et les enflammements ayant depuis belle lurette quitté les débats¹.

¹Sauf en ce lignes, vous l’aurez bien noté.

Laisser un commentaire