Cocodès [kòkòdès]

Fig. A. Cocodès caquetant.

[kòkòdès] (subst. masc. ELEG.)
Le dandy dérange. Ne le déniez pas, le dandy depuis des décennies dérange.

Son élégance excentrique tout d’abord, la recherche du bon nœud de cravate pouvant s’apparenter à une quête mystique pour lui, mais surtout son langage choisi, tout autant travaillé que sa tenue, et surtout son détachement d’esprit.

Il est d’ailleurs convenu qu’en matière de dandysme, si le très baudelairien « dernier acte d’héroïsme » demeure la plus belle définition, le chiraquien en toucher une sans faire bouger l’autre est le plus juste. À chaque époque ses poètes, mais ceci est bien entendu une autre histoire.

Les moqueurs ne souhaitant pas rester en marge en termes de proposition de langage, ils créèrent pour dandy un synonyme caquetant : cocodès. Il se peut que vous l’ayez entendu si vous vécûtes en des temps surannés, comme vous hâblassiez un peu trop avec votre costume de remise des prix ou votre brushing cranté, prêt à recevoir vos premiers lauriers.

Le cocodès fait le coqueplumet avec ses beaux habits et s’il fanfaronne, c’est imitant le coq que les gausseurs lui feront part de leur ressentiment. Cotcotcodec fait le railleur moquant le cocodès, le caquètement censé couvrir de ridicule l’homme à la toilette soignée. Cette facile onomatopée de poulailler est l’étymologie de cocodès et elle se diffusera largement dans un XIXᵉ siècle encore en lien avec ses campagnes nourricières.

Animal très urbain, le cocodès est avant tout parisien, arpentant les boulevards de son dédain précieux et glosant en salon, favori de frivoles grandes horizontales. Cette propension à battre le pavé et à fricoter en beaux lieux le fera passer pour arrogant et contribuera largement à ce que cocodès accueille dans sa définition tout le péjoratif que les braves gens voudront bien lui confier.

De canne épée interdite en monocle inutile, de poignets mousquetaires et gilet délaissé, de Richelieu bicolores en gants jaunes perdus, le cocodès filera tranquillement en surannéité, laissant la place à un prêt-à-porter et un prêt-à-penser des plus modernes, pas du tout faits pour lui.

Comble de la raillerie, Brummell, cocodès s’il en est¹, deviendra une marque de grand magasin des boulevards. Le marketing ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît.

Certains chercheurs prétendent que l’esprit cocodès donnera naissance au punk, quelques années plus tard; la thèse est séduisante, mais si la subversion est présente on doutera tout de même du sens de l’esthétique de ceux qui portèrent cependant la crête de coq plus fièrement que le dernier des cocodès.

Qu’importe, ces coquelets aussi sont aujourd’hui désuets.

 

¹George Bryan Brummell, 1778-1840.

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